Podcast Qui l'eût cru : purification de l'air et microalgues Biotéos

Qualité de l'air : et si les microalgues purifiaient nos intérieurs ?

Podcast
Publié le
July 30, 2026
Dans ce nouvel épisode de "Qui l'eût cru", Romain Dhenin, cofondateur de Bioteos, explique comment ses purificateurs d'air à base de micro-algues captent CO2, COV et particules fines dans les bureaux et les stations de métro.

Timothée :

Imaginez un bureau, lumière tamisée, réunion qui s’étire, café qui refroidit, l’air est immobile, on ne le sent pas, on ne le voit pas et pourtant on le respire en continu depuis des heures. Nous passons près de 90% de notre temps dans des espaces clos et cet air peut être plus chargé en polluants que l’air de la rue. CO2, composés organiques volatils, particules fines, issus de nos meubles, de nos imprimantes, de nos produits d’entretien. L’OMS estime même à 7 millions le nombre de décès prématurés liés à la pollution de l’air chaque année dans le monde. Et la plupart de ces expositions ne viennent pas de l’extérieur. On ouvre les fenêtres, on installe des filtres, on ventile, mais quand la ventilation ne suffit plus, qu’est-ce qu’on fait ? Deux ingénieurs de Tourcoing ont trouvé une réponse inattendue : des microalgues vivantes capables de capter le CO2 et les polluants de vos bureaux par photosynthèse. Et cela, qui l’eût cru ? Dans ce nouvel épisode de Qui l’eût cru, je reçois Romain Dhenin, co-fondateur de Bioteos, ingénieur de formation.

Bonjour Romain.

Romain :

Bonjour.

Timothée :

Et Léa, de R3, qui va nous apporter un regard décalé sur les algues, pour la pollution de l’air et tout ce qu’on respire sans vraiment s’en rendre compte.

Léa :

Bonjour Timothée.

Timothée :

On en reparle dans quelques minutes et d’ici là, bonne écoute.

Tout d’abord Romain, peut-être avant de rentrer un peu dans la solution que tu proposes, raconte-nous un peu comment on en vient à créer des… Je ne sais pas si on appelle ça des phytotières d’algues purifiantes…?

Romain :

Des purificateurs d’air.

Timothée :

Des purificateurs d’air à base de microalgues. Mais comment t’est venue l’idée ?

Romain :

L’idée de base revient, on remonte un peu à l’école d’ingénieurs avec mon associé, où on s’est rencontrés. C’est suite à un reportage Arte que mon associé a vu.

Timothée :

On adore Arte.

Romain :

C’est génial. Et c’est là où, en fait, dans ce reportage, on parlait justement des algues. On dit souvent que l’Amazonie c’est le poumon de la planète, mais là c’est entièrement faux, le vrai poumon de la planète vient des océans, des microalgues dans les océans. Et donc c’est là où, il m’en a parlé le lendemain, on a commencé à itérer et voir en plus de ça des articles de journaux sur la mauvaise qualité de l’air dans les métros. C’est là où on s’est dit, comment est-ce qu’on peut prendre cette solution qui est dans l’océan et la mettre dans le métro ? Et on a commencé à itérer, à faire des premiers schémas d’abord, des premiers prototypes, et ensuite on a breveté la technologie.

Timothée :

Et donc là, on est en quelle année ?

Romain :

L’idée est arrivée vers 2018 et on acréé la société en 2021.

Timothée :

Donc en trois ans, vous passez du reportage Arte sur le canapé à un prototype industriel.

Romain :

Au brevet déjà. Parce qu’on a eu une petite vie entre deux où on s’est mis à 100% vraiment sur l’entreprise à partir de fin 2019. Parce que moi après, j’étais en poste dans une entreprise. Et donc c’est à ce moment-là, on a vraiment, fin 2019, acté qu’on se mettait à 100% sur la société, à deux. Et on a donc commencé à itérer sur les prototypes, à faire des premiers tests et à breveter cette technologie qu’on a mise ensuite en place dans le métro de Lille en 2022.

Timothée :

Donc en 2022, pour ceux qui nous écoutent, il est où ce prototype ?

Romain :

Le prototype était donc installé à la station Lille Flandres. Donc c’est la plus grosse station qu’on a à Lille, pour montrer l’efficacité de la solution sur une station de métro.

Timothée :

On en reviendra justement sur ce sujet de l’efficacité, parce que c’est vrai que moi je m’intéresse pas mal aux algues, mais sur d’autres sujets, comme la cosmétique ou l’alimentation. Et à l ’époque, il y a une dizaine d’années, je m’étais intéressé à ce sujet de la pollution de l’air, et j’avais l’impression que c’était un peu gadget. Donc comment vous, vous en faites un sujet justement pas gadget ? Qu’est-ce que vous proposez ?

Romain :

Le problème de la qualité de l’air, et tu fais très bien d’en parler, c’est que c’est quelque chose qui est complètement abstrait, c’est quelque chose qu’on ne voit pas et qui est invisible. La seule chose que je peux dire pour les auditeurs, c’est que quand on va dans le métro et qu’on commence à sentir cette petite odeur un peu métallique, c’est souvent mauvais signe.

Quand on commence à sentir une odeur, c’est souvent mauvais signe, justement c’est signe de pollution. Et donc c’est vrai que c’est complètement abstrait. Et c’est là où nous, quand on a commencé, nous on est ingénieurs et on a créé une machine et donc on voulait purifier l’air, mais on s’est très vite rendu compte que nos clients, leur besoin, c’est de voir l’efficacité, voir les données derrière l’efficacité de la solution. Et donc c’est là où on a commencé à mettre en place des capteurs de qualité de l’air, où aujourd’hui, ce qu’on fait, c’est vraiment qu’on mesure la qualité de l’air et on prouve l’efficacité des solutions avec des capteurs qui sont intégrés.

Timothée :

On verra justement comment vous accompagnez aujourd’hui les entreprises, mais si on revient vraiment du coup sur ce brevet, ça ne dévoile bien sûr pas les secrets du brevet, mais…

Romain :

Après il est en ligne donc…

Timothée :

Qu’est-ce qui fait la force de votre solution, qu’est-ce que vous proposez concrètement ?

Romain :

Par rapport à des technologies classiques qui vont purifier l’air avec des algues, en fait on va utiliser, je vais essayer d’être le plus simple possible, enfin l’explication la plus simple possible. C’est que les technologies existantes aujourd’hui, c’est qu’on fait buller de l’air dans de l’eau. Donc le problème avec ça, c’est qu’on va utiliser des pompes… On va utiliser des compresseurs et en fait on va être très peu efficace en termes d’énergie, on va pouvoir purifier peut-être grosso modo 1 mètre cube d’air par heure. Et nous en fait la différence c’est qu’au lieu d’injecter de l’air dans de l’eau, on envoie l’eau dans l’air. Et donc ce qui nous permet en fait d’avoir des ratios en termes d’efficacité beaucoup plus importants, parce qu’on passe par des ventilateurs haute pression, et on peut monter à 700 mètres cubes d’air par heure.

Timothée :

Alors là je me dis, moi… J’ai du mal à me dire comment on envoie de l’eau dans l’air.

Romain :

Avec une pompe, on injecte l’eau avec l’air qui arrive. Et donc ça permet de brumiser un petit peu cette eau qui vase mélanger à l’air pollué. Et donc c’est là où les micro-gouttelettes vont être mises en relation avec la pollution.

Timothée :

Et du coup, en fait, c’est dans un environnement fermé. C’est ça, c’est de l’air qui rentre et ensuite on injecte de l’eau.

Romain :

C’est ça, et ensuite ça tombe dans une cuve. Dans la cuve, les microalgues vont se développer grâce à la pollution. Ça va faire des mini-stations d’épuration. En fait, nous, l’idée de base, c’est que déjà, on doit polluer l’eau. Une fois qu’on a pollué l’eau, c’est là où les microalgues vont avoir leur effet, justement, de dépolluer l’eau, de désaturer le milieu, et ensuite on ressort de l’air plus pur.

Timothée :

Donc, c’est quand vous dites les micro-algues, c’est vraiment le micro-algue, c’est un peu le filtrenaturel de la solution ?

Romain :

Exactement.

Timothée :

J’ai plein de questions et je pense que les auditeurs ont plein de questions : ils se disent oui mais alors comment on fait l’entretien ? On va en parler après parce que je pense que c’est des questions que vous devez avoir l’habitude de répondre.

Peut-être Léa, on parlait beaucoup du plus grand poumon de la planète et tu l’as dit. Et en fait, ce n’est pas vraiment ce que l’on croit.

Léa :

Si je te demande aujourd’hui quel est le principal producteur d’oxygène sur Terre, tu vas me répondre l’Amazonie. Alors que finalement, pas vraiment. La plupart des gens pensent cela, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Selon la NOAA, l’agence américaine chargée de l’étude des océans et de l’atmosphère, environ la moitié de l’oxygène produit sur Terre provient des océans, grâce à des milliards d’organismes microscopiques appelés phytoplancton, dont font partie les microalgues.

Timothée :

Donc elles font le même travail qu’une forêt, mais ce n’est pas tout à fait vrai, je crois.

Léa :

Donc effectivement, elles font encore plus que cela. En fait, si on ne regarde pas seulement l’oxygène, mais aussi le carbone, c’est encore plus impressionnant. On parle beaucoup des forêts comme puits de carbone. Ce sont des réservoirs naturels qui absorbent le carbone, le CO2 de l’atmosphère, mais il existe des puits de carbone tout aussi massifs qu’on ne voit pas, qui sont ceux, justement, des microalgues océaniques.

Il ya une étude qui a été publiée dans la revue scientifique Frontiers in Plant Scienceet qui a été menée à partir des données de l’expédition Tara Océans. Elle montre qu’une seule famille de microalgues, les diatomées, captent chaque année entre 10 et 20 milliards de tonnes de CO2. C’est une quantité qui est comparable à celle qui est absorbée par l’ensemble des forêts tropicales de la planète réunies, Amazonie y compris.

Timothée :

Et tu pourrais nous dire d’autres caractéristiques intéressantes de ces microalgues ?

Léa :

Oui, tout à fait. On dit qu’elles sont un second poumon de la planète, mais elles ont aussi d’autres richesses et propriétés.

Elles sont très riches en lipides et en protéines. Leur biomasse peut contenir jusqu’à 40% de protéines et jusqu’à 60% de lipides, selon les conditions de culture.

Ensuite, elles ont une capacité à se nourrir de l’azote et du phosphore, des nutriments qu’on trouve en grande quantité dans les eaux usées et qu’elles peuvent absorber à plus de 90%. Et enfin, certaines espèces tolèrent des concentrations de CO2 qui sont extrêmement élevées, parfois jusqu’à 70 ou 80%, des niveaux qu’on va retrouver dans des fumées industrielles par exemple.

Timothée :

Donc une mine pour les scientifiques, toutes ces caractéristiques.

Léa :

Tout à fait. Justement, effectivement, c’est précisément ce que les chercheurs, les industriels, les innovateurs comme justement Romain ici, exploitent aujourd’hui. Donc, leur richesse, par exemple, en lipides, en fait une matière première pour produire des biocarburants. Leur teneur en protéines en fait aussi une vraie piste pour fabriquer des protéines alternatives pour demain, pour l’alimentation humaine ou même l’alimentation animale. Et leur appétit pour l’azote, pour le phosphore, permet aussi de les utiliser pour traiter les eaux usées, en complément des stations d’épuration classiques. Mais il me semble, Romain, que tu as aussi travaillé sur ces sujets-là, justement de stations d’épuration et de traitement des eaux usées ?

Romain :

Oui, exacetment. On travaille avec des eaux usées assez spécifiques. On est dans le Nord, il y a pas mal de brasseries. Et il faut savoir que quand on produit un litre de bière, on a 3 à 5 litres d’effluents. Ces effluents, ça va être des eaux qui vont être riches en nitrate, en phosphate, et les microalgues raffolent de ce type de polluants, parce que ce sont de vrais polluants. C’est ce qui cause justement le problème des marées vertes en Bretagne, où ça fait même des morts à la fin. Parce que ça fait des poches de méthane. En fait, ce qui se passe, c’est que comme la microalgue raffole de ces éléments, elle va se développer très rapidement et en fait faire une couche qui va être sur l’ensemble de la rivière. Et tout ce qui va être en dessous ne va plus être exposé à la lumière et va commencer à mourir. Et c’est là où on commence à avoir des poches de méthane. Nous, ce qu’on utilise, c’est ce même phénomène, mais contrôlé, où on vient directement utiliser ces polluants pour produire des algues et, à la fin, en faire du fertilisant.

Timothée :

Et vous, ce que vous utilisez du coup dans votre purificateur, c’est quoi ? Elle vient d’où cette algue ?

Romain :

Nous, en fait, on a eu la souche de microalgues qui vient de notre laboratoire partenaire qui est la chaire de biotechnologie de Centrale Supélec qui est basée à Reims. On a acheté cet échantillon et ensuite, c’est comme des tomates où on la repique et en fait, elle se développe. Donc, on la produit chez nous dans nos locaux à Tourcoing.

Timothée :

Et alors, du coup, il y a un truc que je n’ai pas suivi. Par rapport à ce que vous faites avec les eaux usées ?

Romain :

Oui.

Timothée :

Parce que là, du coup, c’est quoi le lien avec les purificateurs d’air que vous installez ?

Romain :

En fait, c’est ce que je disais tout à l’heure quand j’expliquais la technologie, c’est que notre but c’est de polluer l’eau. Et une fois que l’eau est polluée, c’est à ce moment-là où les microalgues vont consommer la pollution qui est stockée dans l’eau. Donc en fait, les microalgues vont se comporter un peu comme des mini stations d’épuration. Et c’est exactement ce qu’on va utiliser justement dans le problème des eaux usées. C’est que là, on a des eaux qui sont déjà polluées, où on met des microalgues, les microalgues vont se développer grâce à cette pollution. Et ensuite, on ressort d’un côté de l’eau claire et de l’autre, une biomasse de microalgues qu’on peut réutiliser et qu’on peut mettre directement dans les champs.

c’est que notre but c’est de polluer l’eau. Et une fois que l’eau est polluée, c’est à ce moment-là où les microalgues vont consommer la pollution qui est stockée dans l’eau. Donc en fait, les microalgues vont se comporter un peu comme des mini stations d’épuration

Timothée :

Donc en gros, vous êtes des mini-réacteurs de stations de dépollution de l’eau grâce aux microalgues. Ça ressort de l’eau filtrée que vous avez préalablement polluée par l’air intérieur que les gens ont. Et du coup, la question c’est, qu’est-ce que vous faites de cette biomasse qui reste ?

Romain :

La biomasse qui reste, nous ce qu’on en fait aujourd’hui, dans nos purificateurs d’air, on la propose à nos clients tout simplement pour qu’ils en fassent du fertilisant qu’ils réutilisent directement dans leurs plantes. Et ensuite, dans la partie plutôt eau usée avec les brasseries, là, on étudie pour faire ça plutôt à grande échelle et pour pouvoir alimenter directement des champs complets en biofertilisant. En fait, ce sont des biopesticides, des biostimulants, mais en fait, c’est comme un pesticide, mais naturel.

Timothée :

Petite question, mais du coup, s’ils sont chargés, ces algues, en polluants, est-ce qu’on ne déverse pas la pollution de l’air extérieur dans nos champs ?

Romain :

Alors, dans la partie eau usée, en fait, ce qu’on fait ici, c’est qu’on vient utiliser des eaux usées de qualité alimentaire. Parce qu’on est dans le secteur de la bière, c’est de la bière qu’on boit, et donc les eaux usées qu’on récupère, en fait, sont des éléments, en tout cas, naturels qui vont être reversés directement dans les rivières si jamais on ne vient pas les chercher. Donc il n’y a aucun problème, en fait, sur les microalgues qu’on va récupérer ici.

Par contre, dans les espaces plutôt intérieurs, là, si on parle des métros, là, il y a un vrai sujet, dans le sens où les microalgues ont tendance à capter les métaux lourds, mais par contre, elles ne vont pas forcément les digérer. Donc là, nous, on fait quand même des recherches, notamment sur la partie métro, pour en faire du biobitume. Par contre, dans tout ce qui est bureaux, là, on parle plutôt de composés organiques volatils, des composés gazeux, où là, les microalgues vont se servir de la chaîne carbonée, donc désintégrer complètement la molécule pour ensuite s’en servir. Donc là, il n’y a aucun problème pour s’en servir comme fertilisant pour les plantes.

Timothée :

D’accord, c’est intéressant. Et du coup, aujourd’hui, je suis une entreprise. J’ai 1000 m² de bureaux. Qu’est-ce que je fais avec vous ?

Romain :

Alors nous, on commence toujours par un audit de qualité de l’air où on met en place des capteurs de qualité de l’air pour s’assurer qu’il y ait déjà un sujet de pollution. Si jamais on découvre qu’il y a un sujet de pollution, en ce cas-là, ce qu’on essaie de faire, c’est de quadriller et d’essayer vraiment de trianguler et de trouver la source, donc trouver l’émission de la pollution.

Avec le métier, on commence à connaître un petit peu tout ça. En fait, ça va être les imprimantes, ça va être les micro-ondes, ça va être la cuisine si on a un côté grillade et on a des émanations. Ce sont des choses basiques, mais au final, on n’y pense pas parce qu’on ne le voit pas. C’est ces endroits-là et même aussi les zones d’accueil. Parce que les zones d’accueil, en général, le problème qu’on a, c’est qu’on a des hauteurs sous plafond qui sont assez hautes et on va avoir la pollution extérieure qui va rentrer, mais les bouches de ventilation sont placées à 8 mètres de haut. Donc là, avant que la pollution remonte à 8 mètres de haut, en fait, tout le monde dans le hall d’accueil a déjà respiré la pollution. Donc voilà, on commence par cet audit, on cherche un petit peu, est-ce qu’il y a des sujets de pollution ? Et si on en a, dans ce cas-là, on propose la mise en place de machines.

Le problème qu’on a, c’est qu’on a des hauteurs sous plafond qui sont assez hautes et on va avoir la pollution extérieure qui va rentrer, mais les bouches de ventilation sont placées à 8 mètres de haut. Donc là, avant que la pollution remonte à 8 mètres de haut, en fait, tout le monde dans le hall d’accueil a déjà respiré la pollution.

Timothée :

Soit à l’achat, soit en location ?

Romain :

C’est ça, on s’adapte un peu à nos clients. Je veux dire, on est soit en achat, soit en location, mais après, si on parle d’audit de qualité de l’air, on commence avec cet audit avec 3 capteurs minimum, pour un espace qui fait 1000-1500 m², en tout cas, déjà 3 capteurs, ça peut être suffisant.

Timothée :

C’est combien à peu près du coup pour 1000 m² ?

Romain :

C’est 1500 euros pour mes 3 capteurs. Pour un audit de 30 jours.

Timothée :

Et après, le purificateur, ça coûte combien à peu près ?

Romain :

On est à 249 euros par mois.

Timothée :

D’accord. Et ça inclut la maintenance?

Romain :

La maintenance, la location du matériel, et après aussi tout ce côté où on est connecté à nos machines à distance. Et si jamais il y a le moindre souci, nous on intervient.

Timothée :

C’est quoi du coup la maintenance nécessaire ? Parce que moi je me dis, non, moi je veux l’acheter, parce que j’aime bien posséder mes équipements. Mais qu’est-ce que je dois faire après ? Je vais être… Je ne sais pas comment on appelle ça, quelqu’un qui cultive les algues. Il faut que j’arrive à capter, est-ce que l’algue est en bonne santé ou pas ?

Romain :

Nous, on met en place un contrat d’abonnement. Et en fait, ce contrat d’abonnement consiste à ce que nous, on se déplace une fois tous les huit mois où on vient auprès du dispositif pour changer la cuve de microalgues. Et donc, on récupère la cuve de microalgues. On propose au client de récupérer les microalgues qui ont été produites pour en faire du fertilisant si jamais ils ont des plantes. Et on change cette cuve par une cuve de microalgues fraîches.

Timothée :

Pour ceux qui pensent : « non mais tout ça, je n’y crois pas, les micro-algues, ça ne marche pas, tout ça c’est du gadget », est-ce que tu as un projet là où tu pourrais nous dire avant, après, c’est quoi les résultats ?

Romain :

Oui, si on parle du métro par exemple, sur une station de métro, malheureusement dans le métro on a des niveaux de pollution qui sont très élevés, on a réduit de plus de moitié la pollution sur un quai de métro complet. Si on parle du quai de métro à Lille Flandres, on parle de 500 mètres carrés, avec un dispositif qu’on a installé, on a réduit de 58% le taux en particules fines sur un quai de métro. Et en moyenne, après, si on parle des composés organiques volatils, on est sur des ordres de grandeur de 60 à 75% de réduction dans les espaces tertiaires.

Si on parle du quai de métro à Lille Flandres, on parle de 500 mètres carrés, avec un dispositif qu’on a installé : on a réduit de 58% le taux en particules fines sur un quai de métro.

Timothée :

Donc ce n’est plus un gadget aujourd’hui, un vrai sujet d’ailleurs de santé publique, Léa. Donc, tu voulais nous parler, parce qu’on pense aux embouteillages, aux usines, aux pics de pollution. Pourtant, tu me disais que le véritable enjeu était peut-être ailleurs.

Léa :

Oui, c’est ce qu’on se dit depuis tout à l’heure avec l’échange avec Romain, c’est qu’au final on pense souvent à la pollution extérieure, qu’elle vient de l’extérieur des bâtiments, c’est assez logique, on voit les fumées des usines, les pots d’échappement, les grandes cheminées industrielles. Mais aujourd’hui, les scientifiques nous invitent à regarder un autre endroit, l’intérieur de nos bâtiments, mais aussi de nos foyers. Pourquoi ? Parce qu’on y passe la plupart de notre temps. Et selon l’Organisation mondiale de la santé, nous passons près de 90% de notre vie dans des espaces clos, à la maison, au bureau, dans les transports, à l’école ou encore dans les commerces. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’air intérieur n’est pas forcément plus propre que l’air extérieur. Au contraire, selon l’Agence américaine de protection de l’environnement, les concentrations de certains polluants peuvent être de 2 à 5 fois plus élevées à l’intérieur qu’à l’extérieur. Et dans certaines situations, jusqu’à 100 fois plus importantes.

Selon l’Agence américaine de protection de l’environnement, les concentrations de certains polluants peuvent être de 2 à 5 fois plus élevées à l’intérieur qu’à l’extérieur

Timothée :

Sur les sources de pollution, on ne va pas refaire les gares, les bâtiments, les voitures. Parle-nous peut-être des trucs un peu plus cachés.

Léa :

Si, je peux compléter quand même sur les gares, les bâtiments. Ce qui est assez étonnant, en tout cas que moi j’ai appris, c’est que c’est le freinage des trains, Romain, tu pourras me compléter, qui produit des pollutions, tout près des gares ?

Romain :

Oui, c’est exactement ça. C’est au moment du freinage, au moment où la rame de métro arrive à quai et qu’elle freine, on va avoir de la friction et donc on va avoir l’émanation de particules fines à ce moment-là.

Timothée :

Je dois retenir ma respiration combien de temps avant de rentrer dans le métro ?

Romain :

Dans le train.

Timothée :

Oui, c’est pareil, le train ou le métro.

Romain :

Les trains, en général, sont quand même dans des espaces plus ouverts, donc on a moins de pollution. Mais par contre, dans le métro, il faudrait retenir sa respiration assez longtemps.

Timothée :

Le temps que les portes ferment, quoi. Parce que ça rentre ou pas dans la rame ? Oui, parce que ça rentre en ouvrant les portes, il y a une partie qui…

Romain :

Exactement, mais le pire en tout cas c’est au niveau du freinage, c’est directement sur les quais. C’est au moment où on commence à sentir l’air justement avec l’effet piston du métro qui arrive, c’est là où on se prend vraiment une bouffée un peu de particules fines.

Timothée :

Je vais travailler ma respiration. Mais on t’a coupé, Léa, du coup.

Léa :

Effectivement, on a d’autres sources de pollution qui sont un peu plus étonnantes, en tout cas qu’on n’a pas forcément en tête. Elles peuvent venir des peintures, des colles, des moquettes, des meubles neufs, de produits ménagers, de bougies parfumées, de désodorisants, d’imprimantes. Et donc tous ces éléments-là, tous ces achats, peuvent émettre ce qu’on appelle des composés organiques volatils, ou aussi appelés COV. Et ce sont de minuscules molécules chimiques qui s’évaporent facilement dans l’air, à température plutôt ambiante, et que nous respirons ensuite, sans nous en rendre compte, puisque ça n’a pas d’odeur forcément. Et à cela s’ajoute le CO2, le carbone, que nous rejetons au quotidien en respirant. Et justement, ce n’est pas le CO2 lui-même qui va être dangereux, mais c’est un bon indicateur que l’air n’est plus suffisamment renouvelé si on a un fort taux de carbone dans une pièce. Et les effets ne concernent pas seulement notre santé sur le long terme. On a une étude qui a été menée par le Harvard Chan School of Public Health, qui a montré que des personnes travaillant dans un environnement mieux ventilé obtenaient de meilleurs résultats sur des tests de concentration, de prise de décision, de résolution de problèmes. Autrement dit, la qualité de l’air va influencer aussi notre capacité à réfléchir.

Timothée :

Très belle phrase de conclusion, je pense, Léa. Il y a un super reportage sur Arte sur le lien entre pollution, bien sûr, et QI, d’ailleurs. Donc, protéger aussi sa santé, c’est protéger son cerveau et sa capacité à réfléchir.

Romain :

Et d’où l’importance aussi de mettre ça en place également pour le public sensible. Quand je parle de public sensible, c’est à la fois les plus jeunes, mais aussi les plus vieux, qui sont vraiment les cas les plus concernés par ces soucis de pollution.

Timothée :

Les écoles d’ailleurs… Est-ce que c’est un angle sur lequel vous voulez vous développer ?

Romain :

Oui, on travaille justement sur cet angle-là aujourd’hui parce qu’en fait on a une loi, la loi Grenelle 2, qui rend obligatoire la mesure de qualité de l’air dans tous les établissements recevant du public sensible. Que ce soit les EHPAD, que ce soit les maisons de retraite, que ce soit les crèches, les écoles primaires, elles sont concernées justement par cette obligation.

Timothée :

C’est quoi, du coup, les perspectives pour l’entreprise ? C’est quoi vos projets de développement ?

Romain :

En fait, nous, la stratégie qu’on a adopté, c’est qu’on s’est rapproché vraiment de grands groupes, dans un premier temps, pour avoir une certaine notoriété. Donc, aujourd’hui, parmi nos clients, on a la chance de travailler avec EY, avec le Crédit Agricole ou même encore Blablacar. Et aujourd’hui, ce qu’on essaie de développer également, c’est tout cet aspect, justement, avec les pouvoirs publics. Donc on commence à travailler avec des territoires comme la métropole européenne de Lille. Avec des instituts publics pour justement étudier comment on peut mettre en place nos solutions dans les écoles, dans les crèches, dans les maisons de retraite.

Timothée :

J’avais une question, c’était sur, aujourd’hui, le principal frein auquel vous êtes confronté, c’est lequel ?

Romain :

C’est le côté abstrait de la solution. Cest le fait qu’on ait un impact mais qu’on ne voit pas cet impact. Et donc c’est là où… Pour contrer ce problème, on a vraiment commencé à devenir un peu un bureau d’études spécialisé en qualité de l’air. On met en place des capteursde qualité de l’air pour montrer la pollution.

Timothée :

Et d’autres perspectives concernant les micro-algues, que vous souhaiteriez développer ?

Romain :

On a plein de perspectives, plein d’idées. On a un nouveau produit également qui va sortir d’ici la fin de l’année, qui sera plus petit, plutôt adapté aux TPE et PME. Et également lecôté R&D, on a toujours un côté R&D. On est soutenu par la BPI, justement avec un prix i-Lab qu’on a obtenu il y a deux ans pour justement financer toute la recherche et développement autour de notre technologie sur les eaux usées. Donc sur la dépollution des eaux usées brassicoles, avec nos algues.

Timothée :

D’ailleurs, Léa, tu voulais rentrer dans la salle de bain. Est-ce que c’est toujours d’actualité ?

Léa :

On voulait essayer aussi de comprendre quelles étaient un peu les bonnes pratiques qu’on pouvait adopter chez nous, dans nos foyers, pour réduire la pollution. J’avais lu qu’on pouvait aérer un maximum, mais aussi installer un maximum de plantes qui peuvent contribuer à la dépollution naturelle, mais aussi réduire les achats de tout type de produits parfumés ou de produits de salle de bain qui soient chimiques. Est-ce que tu as d’autres conseils pour nous, Romain ?

Romain :

Tu as dit déjà pas mal de choses, c’est faire attention à ce qu’on achète. Malheureusement, ce sont souvent des produits qui viennent justement de l’Asie en général, les vernis qu’on utilise, la composition des matériaux qu’on utilise : c’est important de regarder ça.

Cette odeur, un petit peu, quand on a un produit qu’on achète et que ça sent le plastique, c’est souvent mauvais signe. Et également, il faut penser à aérer son appartement, sa maison. Parce que, tout simplement, la pollution de l’air intérieur : on dit souvent que la pollution vient de l’extérieur, mais en fait il faut savoir que la pollution de l’air intérieur, c’est cinq à sept fois plus élevée à l’intérieur qu’à l’extérieur. Quand on cuisine et qu’on commence à avoir de la fumée et qu’on n’arrive même plus à se voir dans l’appartement, c’est qu’il y a un petit problème. Après, c’est du bon sens. C’est d’éviter aussi tout ce qui est bougies. Après, il y a des exceptions, il y a des anniversaires, etc. Je ne dis pas qu’il faut arrêter de vivre. Mais en tout cas, c’est du bon sens : on essaie d’éviter au maximum de ramener de la pollution, que ce soit des particules fines avec les bougies dès qu’on les souffle. Si on utilise des bougies parfumées, il vaut mieux les souffler à l’extérieur de la maison, ouvrir la fenêtre et souffler dehors, parce qu’en fait cette fumée qu’on voit justement à la fin, c’est là où on a le pire justement en termes de pollution.

Léa :

Et demain, est-ce qu’on pourra installer un purificateur chez nous ? J’ai cru comprendre que c’était un projet en cours.

Romain :

C’est le projet suivant qui va suivre la partie TPE-PME, où justement on commence à s’intéresser à tout ça. Maintenant on s’attaque à un problème où aujourd’hui on fait du fabriqué en France. Quand on regarde nos concurrents en face, le problème c’est que tout est fabriqué en Asie et donc on va avoir un vrai écart en termes de prix, et on ne sait pas encore si le particulier sera prêt à l’acheter.

Timothée :

Je pense qu’on arrive un peu à la fin de cet échange. Est-ce qu’il y a un message que tu aimerais faire passer ? Un truc qu’on aurait oublié qui est important pour mobiliser justement les acteurs sur ces sujets ?

Romain :

Le message, de toute façon, on l’a bien évoqué pendant ce podcast, mais c’est vraiment avant d’agir, avant d’acheter un purificateur d’air, je conseille toujours, c’est d’abord de mesurer, de mettre en place un capteur de qualité de l’air pour se rendre compte un petit peu, quand on parle de pollution, on parle de quoi ? C’est vraiment comprendre la pollution avant de mettre juste un purificateur d’air et le mettre en route, se dire, ok, j’ai un purificateur d’air. Mais en fait, avant ça, essayer de comprendre, c’est mieux.

Timothée :

Mesurer avant d’agir.

Romain :

Exactement.

Timothée :

On peut vous retrouver où on est intéressé, site internet.

Romain :

Site internet, on est aussi bien présent sur des réseaux comme LinkedIn ou Instagram. Mais oui, voilà, site internet aussi.

Timothée :

Mais merci encore à vous deux : qui l’eût cru que des micro-algues puissent purifier l’air ? Qui l’eût cru que nous étions exposés chaque jour à des polluants et des COV dans nos bureaux et que les polluants puissent aussi venir de nos produits du quotidien. ? Merci encore, Romain, merci, Léa, et merci à vous tous de nous avoir écoutés. La prochaine fois, nous aurons la chance d’échanger avec Mehdi qui fournit de la chaleur à l’aide de l’énergie solaire, mais on ne vous en dit pas plus.

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