SBTi Corporate Net-Zero Standard V2 : le guide de référence pour les entreprises

SBTi Corporate Net-Zero Standard V2 : le guide de référence pour les entreprises

Article
Publié le
August 12, 2026
Le Science Based Targets initiative a publié le 11 juin 2026 la version 2.0 de son Corporate Net-Zero Standard, référentiel qui valide les objectifs climatiques des entreprises. Catégories d'entreprises, exigences par scope, crédits carbone : le décryptage complet pour anticiper cette bascule.

Le SBTi Corporate Net-Zero Standard V2, une bascule de l'ambition vers l'exécution

Le SBTi, Science Based Targets initiative, est l'organisation de référence qui évalue et valide les objectifs de réduction d'émissions des entreprises au regard de la science climatique et de l'Accord de Paris. Depuis sa création en 2015, plus de 10 000 entreprises dans le monde ont engagé une démarche auprès de lui. Son Corporate Net-Zero Standard, publié une première fois en 2021, est le cadre qui définit ce qu'une entreprise doit faire pour que sa trajectoire « net zéro » soit reconnue comme crédible, et non comme un simple exercice de communication.

Cinq ans après cette première version, le constat du SBTi est clair : beaucoup d'entreprises ont fixé des objectifs ambitieux, mais peu ont démontré une exécution à la hauteur. L'écart entre l'ambition affichée et l'action réelle s'est creusé. C'est ce constat qui a motivé la refonte du standard, engagée dès mars 2025 avec une première consultation publique, suivie d'un second projet en novembre 2025, avant la publication de la version finale le 11 juin 2026.

La V2 ne se contente donc plus de vérifier qu'un objectif est aligné sur la science. Elle exige un plan de transition documenté, un reporting annuel des progrès réels, et une vérification indépendante pour les plus grandes structures. Le SBTi la présente lui-même comme son cadre « le plus complet à ce jour », conçu pour rester applicable aux entreprises de toutes tailles, de tous les stades de maturité climatique, et de toutes les zones géographiques.

Six évolutions structurantes résument ce changement de logique.

Changement Ce que cela signifie concrètement
Approches différenciées Des exigences allégées pour les PME et les entreprises des pays à revenu plus faible, pour rendre le standard accessible à toutes les tailles d'organisation.
Objectifs contextualisés Les cibles tiennent compte du parc d'actifs, de la chaîne de valeur, du secteur et de la géographie de l'entreprise, avec un lien renforcé vers la planification de la transition
Transparence sur les hypothèses Les entreprises doivent documenter les hypothèses et leurs dépendances (technologies, réglementations, marché) plutôt que de s'engager sur des promesses non étayées.
Hiérarchie d'action La réduction directe des émissions prime, suivie des actions dans la chaîne de valeur, puis des instruments de marché encadrés par des gardes-fous.
Evaluation continue Un reporting annuel des progrès et des revues périodiques remplacent la logique de "fixer un objectif puis attendre l'échéance".
Crédits carbone équilibrés Les crédits carbone de haute intégrité viennent compléter les réductions d'émissions, jamais s'y substituer
Le Corporate Net-Zero Standard ne doit pas être confondu avec les scores de notation extra-financière (CDP, EcoVadis) ni avec les obligations réglementaires comme la CSRD ou le BEGES. C'est une démarche volontaire, mais elle est de plus en plus regardée par les investisseurs, les clients grands comptes et les agences de notation comme un gage de crédibilité climatique.

Pourquoi s'engager dans une démarche volontaire alors qu'aucune loi ne l'impose ? Les données publiées par le SBTi lui-même donnent une partie de la réponse. Parmi les entreprises ayant fixé des objectifs validés, 91 % rapportent un impact positif sur leur organisation, 95 % constatent une amélioration de leur réputation, 80 % observent un renforcement de leurs relations avec leurs investisseurs, et 86 % estiment avoir accéléré leur rythme de décarbonation. Ces chiffres expliquent pourquoi la démarche SBTi, bien que volontaire, s'impose progressivement comme un standard de fait dans de nombreux secteurs, notamment auprès des grands donneurs d'ordre qui l'exigent désormais de leurs fournisseurs.

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Qui est concerné, et selon quel calendrier ?

Nouveauté centrale de la V2 : le standard distingue désormais deux catégories d'entreprises, avec des niveaux d'exigence différents. L'objectif est d'éviter qu'une PME industrielle et un groupe du CAC 40 soient soumis exactement aux mêmes obligations.

- Catégorie A Catégorie B
Profil type Grandes entreprises multinationales et entreprises de taille intermédiaire situées dans des pays à revenu élevé. PME et petites entreprises, notamment celles situées dans des pays à revenu faible ou intermédiaire
Ordre de grandeur mentionné par plusieurs analystes Chiffre d'affaires supérieur à environ 450 millions d'euros ou plus de 1 000 salariés En deçà de ces seuils

Ces seuils précis varient légèrement selon les analyses disponibles à ce stade ; nous recommandons de vérifier votre classification exacte dans la documentation officielle du SBTi au moment de votre soumission.

Le déploiement de la V2 s'étale sur plus de deux ans, avec une période de transition volontairement longue pour laisser le temps aux entreprises et aux vérificateurs de s'adapter.

Frise chronologique du déploiement de la V2

Date Etape
Mars 2025 Ouverture de la première consultation publique sur le projet de standard
Novembre 2025 Publication du second projet, intégrant les retours de la première consultation
11 juin 2026 Publication de la version finale du Corporate Net-Zero Standard V2.0
T4 2026 Publication des guidances d'interprétation et de comptabilisation intérimaires
1er février 2027 Ouverture du portail de validation SBTi pour les soumissions en V2.0
1er février 2027 → 31 janvier 2028 Coexistence : la V1.3.1 et la V2.0 sont toutes deux acceptées (le SBTi recommande de ne pas retarder une fixation d'objectifs déjà engagée sous V1)
A partir du 1er février 2028 La V2.0 devient la seule norme applicable à toute nouvelle soumission ; les objectifs déjà validés sous V1 restent valables jusqu'à leur échéance

Checklist : suis-je concerné, et à quel horizon dois-je agir ?

  • Mon entreprise a-t-elle déjà des objectifs validés par le SBTi sous la V1 ? Si oui, ils restent valides jusqu'à leur terme, mais leur renouvellement devra suivre la V2.
  • Mon entreprise envisage-t-elle de soumettre de nouveaux objectifs avant février 2027 ? La V1 reste alors la voie la plus rapide.
  • Mon entreprise dépasse-t-elle les seuils de la catégorie A (grande entreprise, ETI de pays à revenu élevé) ? Anticipez dès maintenant la vérification tierce et le plan de transition obligatoires.
  • Mon secteur dispose-t-il déjà d'une guidance sectorielle spécifique (acier, agroalimentaire, textile, finance) ? Ces guidances précisent les méthodes acceptées scope par scope.
  • Ma chaîne de valeur (fournisseurs, clients) est-elle prête à documenter ses propres données d'émissions ? La V2 renforce fortement les exigences sur le scope 3.

Ce que la V2 exige concrètement, scope par scope

C'est le cœur technique du changement. La V1 se contentait souvent d'un objectif combiné et d'une trajectoire globale. La V2 impose une visibilité et une redevabilité indépendantes pour chacun des scopes 1, 2 et 3.

- Corporate Net-Zero Standard V1 Corporate Net-Zero Standard V2
Scope 1 (émissions directes) Objectif souvent fusionné avec le scope 2 Cible distincte et autonome, avec trois approches possibles : réduction absolue, réduction d'intensité, ou part croissante d'actifs et d'activités bas-carbone (ex. : électrification de flotte)
Scope 2 (énergie achetée) 100 % d'électricité renouvelable exigé, sans distinction de méthode Cible autonome ; l'électricité « bas-carbone » (au-delà du seul renouvelable) devient acceptable, avec un renforcement progressif de la traçabilité horaire et géographique des garanties d'origine à partir de 2030
Scope 3 (chaîne de valeur) Couverture exigée d'environ deux tiers des émissions significatives Couverture portée à la quasi-totalité des postes significatifs (seuil de 5 % des émissions du scope 3), avec quatre types d'objectifs combinables : intensité sectorielle, engagement fournisseurs/clients, part d'énergie bas-carbone chez les partenaires, ou réduction absolue en dernier recours
Plan de transition Non exigé formellement Obligatoire pour la catégorie A, à publier dans les mois suivant la validation des objectifs
Vérification Non systématique Vérification par un tiers indépendant obligatoire pour la catégorie A
Suivi Reporting ponctuel Cycle de validation d'environ cinq ans, avec reporting annuel des progrès réels et actions correctives documentées

Un principe traverse toute la V2 : la hiérarchie d'implémentation. Une entreprise doit d'abord agir directement sur ses propres émissions, puis mobiliser des actions partagées avec sa chaîne de valeur, et ne recourir qu'en dernier lieu à des instruments de marché, toujours encadrés par des garde-fous précis pour éviter qu'ils ne remplacent l'effort de réduction.

Le principe du « best-efforts basis », ou base de meilleurs efforts, est une autre nouveauté clé : une entreprise peut désormais documenter les freins et dépendances qui limitent sa trajectoire (technologie non mature, réglementation locale, disponibilité d'une énergie bas-carbone), sans perdre sa validation, à condition de mobiliser réellement les leviers disponibles et de le prouver chaque année.

Ce changement a une conséquence directe sur l'organisation interne des entreprises : le pilotage climatique devient un exercice continu, documenté, et non plus un objectif fixé une fois puis rangé dans un tiroir jusqu'à l'échéance suivante.

Crédits carbone et OER : sécuriser sa stratégie dès aujourd'hui

Le sujet le plus débattu de la V2 est sans doute le nouveau cadre de contribution carbone, l'OER, pour Ongoing Emissions Responsibility. Il remplace l'ancien dispositif BVCM (Beyond Value Chain Mitigation), jugé trop peu structurant dans la V1.

Le principe reste le même : les crédits carbone de haute intégrité viennent compléter la stratégie de réduction d'une entreprise, sans jamais s'y substituer. Mais la V2 organise cette contribution en trois niveaux de reconnaissance volontaire.

Niveau OER Exigence indicative Statut jusqu'en 2035
Engaged Financer l'équivalent d'au moins 1 % des émissions annuelles via des crédits carbone ou un prix interne du carbone Volontaire
Advanced Couvrir l'équivalent d'environ 10 % des émissions annuelles Volontaire
Leadership Couvrir jusqu'à 100 % des émissions pour la catégorie A (10 % pour la catégorie B), avec une part croissante de crédits de suppression (removals) de haute qualité Volontaire

À partir de 2035, ce cadre bascule d'une logique volontaire à une obligation pour la catégorie A : la contribution carbone devient obligatoire, avec une montée en puissance progressive jusqu'à couvrir l'intégralité des émissions résiduelles à l'horizon net zéro de 2050. Une partie de cette contribution devra prendre la forme de crédits de suppression durable (removals), pour les gaz à effet de serre les plus persistants.

Pour une direction climat, l'enjeu n'est donc pas seulement de « verdir » sa communication à coup de compensation carbone. Il s'agit de construire, dès maintenant, un portefeuille d'actions cohérent entre réduction interne, engagement de la chaîne de valeur, et contribution carbone de qualité, capable de tenir la distance jusqu'en 2035, puis jusqu'en 2050.

Ce changement de cadre a aussi une conséquence sur le marché des crédits carbone lui-même. Les projets de réduction et d'évitement d'émissions ne disparaissent pas, mais ils se repositionnent : ils restent pertinents pour les contributions de niveau Engaged ou Advanced, tandis que les crédits de suppression durable (removals technologiques, forestiers, agroécologiques, biochar) gagnent en importance stratégique à mesure que l'échéance de 2035 se rapproche. Les entreprises qui achètent aujourd'hui des crédits ont donc intérêt à exiger une additionnalité démontrée, une permanence crédible et un système de suivi, notification et vérification (MRV) robuste, plutôt que de se contenter du prix le plus bas.

Checklist : 5 actions pour préparer votre entreprise à la V2 dès 2026

  • Identifiez votre catégorie SBTi probable (A ou B) au regard de votre taille et de votre zone géographique, pour calibrer le niveau d'exigence à anticiper.
  • Cartographiez vos activités responsables de plus de 5 % de votre scope 3, et engagez le dialogue avec les fournisseurs concernés dès maintenant : c'est l'étape la plus longue.
  • Si vous avez des objectifs déjà validés sous la V1, ne les remettez pas en cause : ils restent valides jusqu'à leur terme, mais préparez leur renouvellement sous V2.
  • Si vous envisagez une première soumission avant février 2027, ne retardez pas votre démarche pour « attendre la V2 » : le SBTi recommande explicitement de continuer sous V1.
  • Structurez dès aujourd'hui votre stratégie de contribution carbone (crédits, prix interne du carbone) pour anticiper l'obligation progressive qui s'appliquera à partir de 2035.

Sources : Science Based Targets initiative — The new Corporate Net-Zero Standard Version 2.0, Science Based Targets initiative — The Corporate Net-Zero Standard V2.0 is here: what comes next , SBTi — Corporate Net-Zero Standard, version 2.0, juin 2026 (PDF officiel), SBTi — Résumé exécutif du Corporate Net-Zero Standard V2 (version française, PDF)

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Les questions fréquentes

Le Corporate Net-Zero Standard V2 est-il obligatoire ?

Non, ce n'est pas une obligation légale : le Corporate Net-Zero Standard V2.0 reste une initiative volontaire portée par le SBTi (Science Based Targets initiative), une organisation non gouvernementale, et non une réglementation imposée par un État ou par l'Union européenne. Aucune loi n'oblige aujourd'hui une entreprise à faire valider ses objectifs climatiques par le SBTi.

Cela dit, ce caractère volontaire ne signifie pas que le standard est sans conséquence pour les entreprises qui choisissent de s'engager dans cette démarche. Une fois qu'une entreprise décide de faire valider ses objectifs par le SBTi, plusieurs éléments deviennent contraignants à l'intérieur même du cadre du standard. Les entreprises dites de catégorie A, les grandes entreprises et certaines PME situées dans des pays à revenu élevé, doivent notamment faire vérifier leur inventaire d'émissions de l'année de référence par un tiers indépendant, et identifier leurs émissions évitables (EIA) avant même de pouvoir fixer un objectif sur leur scope 3. Ce n'est donc pas obligatoire au sens légal, mais bien obligatoire au sens contractuel, pour toute entreprise qui souhaite obtenir ou conserver une validation SBTi.

Sur le calendrier, la version 2.0 s'applique aux entreprises qui fixent un nouveau cycle d'objectifs à partir du 1er février 2027. Les entreprises déjà validées sous la version 1 ne sont pas obligées de basculer immédiatement : leurs objectifs actuels restent valables jusqu'à la fin de leur cycle en cours. Une entreprise ayant fixé des objectifs à horizon 2030, par exemple, ne serait concernée par les nouvelles exigences qu'au moment de renouveler son engagement, autour de 2028.

Un dernier point à noter, à horizon plus lointain : la responsabilité continue des émissions (Ongoing Emissions Responsibility), qui reste aujourd'hui optionnelle, deviendra obligatoire pour les entreprises de catégorie A à partir de 2035, mais uniquement pour celles qui restent engagées dans le dispositif SBTi, pas pour l'ensemble des entreprises au sens large.

En résumé, aucune entreprise n'est tenue par la loi de se conformer au Corporate Net-Zero Standard V2, mais celles qui choisissent de faire certifier leurs objectifs climatiques par le SBTi doivent, elles, s'y conformer strictement pour conserver leur validation, la contrainte n'est donc pas légale, mais elle est bien réelle pour qui s'engage volontairement dans cette voie.

Que devient le scope 3 dans la V2 SBTi ?

Le scope 3 est précisément le domaine où la version 2.0 du standard SBTi opère la rupture la plus nette avec la version précédente : l'approche change de nature, en passant d'une logique de couverture statistique à une logique de résultats mesurables par poste d'émission.

Dans la version 1, l'exigence phare consistait à faire en sorte que des fournisseurs représentant 67 % des émissions de scope 3 aient eux-mêmes un objectif validé par le SBTi. C'était donc un critère d'engagement des fournisseurs, qui mesurait une dynamique collective plutôt qu'une réduction réelle et vérifiée des émissions. La version 2 abandonne ce critère au profit d'une approche fondée sur la matérialité : l'entreprise doit désormais identifier, parmi les quinze catégories du scope 3, celles qui représentent individuellement au moins 5 % de ses émissions totales, puis leur assigner une trajectoire de réduction propre. Les catégories mineures, en dessous de ce seuil, bénéficient d'une flexibilité accrue, à condition que leur exclusion soit documentée et justifiée plutôt que simplement omise.

Pour construire ces trajectoires, la V2 propose trois grandes options, qui remplacent l'ancienne matrice complexe catégorie par catégorie. La première est une réduction absolue, avec une trajectoire de contraction linéaire du scope 3 total, depuis l'année de référence jusqu'à un niveau résiduel d'environ 10 %. La seconde repose sur l'alignement fournisseurs et clients, en augmentant la part des partenaires de rang 1 disposant d'un objectif validé ou engagés dans une trajectoire de transition. La troisième permet de fixer des objectifs spécifiques par catégorie, en s'appuyant sur des trajectoires sectorielles différenciées selon des groupes de maturité (A, B, C).

La nouveauté la plus structurante concerne l'identification préalable des activités à forte intensité d'émissions, appelées EIA. Avant même de pouvoir fixer un objectif de scope 3, l'entreprise doit désormais identifier toutes les EIA présentes dans sa chaîne de valeur, production d'engrais, élevage, matières premières liées à la déforestation, par exemple selon les secteurs, quantifier les émissions associées avec les meilleures données disponibles, et élaborer un plan de décarbonation dédié pour chaque EIA significative, c'est-à-dire représentant au moins 5 % du scope 3 total.

Ce niveau d'exigence varie toutefois selon la taille de l'entreprise. Les entreprises de catégorie A, les plus grandes en chiffre d'affaires, effectifs ou émissions, doivent faire vérifier leur inventaire de référence des scopes 1, 2 et 3 par un tiers indépendant, identifier et divulguer leurs EIA, et publier un plan de transition détaillé dans les quinze mois suivant leur validation. Les entreprises de catégorie B restent soumises à des exigences plus légères sur l'ensemble du dispositif.

Enfin, les pools d'actions collectives, qui permettent de mutualiser des efforts de décarbonation avec d'autres acteurs, restent autorisés dans la V2, mais leur rôle est clarifié : ils demeurent des outils de mise en œuvre pour atteindre un objectif, et ne peuvent en aucun cas se substituer à la définition d'un objectif de scope 3 propre et mesurable pour l'entreprise.

Par où commencer si mon entreprise n'a jamais engagé de démarche SBTi ?

La démarche s'organise en cinq étapes bien balisées, avec un point de départ qui demande moins de préparation qu'on ne l'imagine souvent : il n'est pas nécessaire d'avoir déjà fixé ses objectifs pour s'engager formellement.

La première étape consiste à s'engager par écrit. L'entreprise s'inscrit en ligne auprès du SBTi et envoie une lettre d'engagement qui atteste de sa volonté de fixer des objectifs climatiques alignés sur la science. Cette lettre ne contient pas encore de cibles chiffrées : c'est un signal d'intention, qui déclenche officiellement le compte à rebours pour la suite du processus.

À partir de cet engagement, l'entreprise dispose de 24 mois pour soumettre ses objectifs définitifs. C'est pendant cette période que se déroule le travail de fond, et c'est là qu'il faut concentrer l'énergie dès le départ plutôt que d'attendre les derniers mois. Le préalable indispensable est de réaliser un inventaire complet des émissions de gaz à effet de serre, sur les scopes 1, 2 et 3, en s'appuyant sur les référentiels reconnus du GHG Protocol. C'est cet inventaire qui va révéler, notamment sur le scope 3, quelles catégories sont matérielles pour l'entreprise et lesquelles peuvent être traitées avec plus de flexibilité, selon la logique de seuil à 5 % que nous avons vue avec la V2 du standard. C'est également à ce stade qu'une entreprise de catégorie A doit engager l'identification de ses activités à forte intensité d'émissions (EIA), puisque cette étape est désormais un préalable obligatoire avant de pouvoir fixer un objectif de scope 3.

Une fois l'inventaire réalisé, l'entreprise détermine le type d'objectif qu'elle vise : un objectif à court terme sur cinq à dix ans, un objectif net zéro à long terme aligné sur 2050 au plus tard, ou les deux simultanément, ainsi que la méthode de réduction retenue pour chaque scope concerné. Ce dossier est ensuite soumis via le formulaire de soumission des objectifs, puis analysé par deux experts indépendants du SBTi qui vérifient sa conformité scientifique et méthodologique. Les PME peuvent bénéficier d'une procédure de validation simplifiée, ce qui allège sensiblement cette étape par rapport à une grande entreprise de catégorie A, qui devra en parallèle faire vérifier son inventaire par un tiers indépendant.

Une fois validés, les objectifs sont rendus publics sur le tableau de bord du SBTi, ce qui renforce la crédibilité de la démarche auprès des parties prenantes, mais implique aussi qu'il n'y a plus de retour en arrière discret possible. Enfin, la démarche ne s'arrête pas à la validation : les objectifs doivent être actualisés tous les cinq ans, pour rester alignés avec l'évolution de l'entreprise et avec les avancées scientifiques sur les trajectoires climatiques.

En résumé, pour une entreprise qui démarre de zéro, la priorité immédiate n'est pas de rédiger la lettre d'engagement, mais de lancer sans attendre son inventaire d'émissions sur les trois scopes : c'est ce travail préalable qui conditionne la qualité de tout ce qui suivra, et qui prend généralement le plus de temps sur les 24 mois disponibles.