Le SBTi Corporate Net-Zero Standard V2, une bascule de l'ambition vers l'exécution
Le SBTi, Science Based Targets initiative, est l'organisation de référence qui évalue et valide les objectifs de réduction d'émissions des entreprises au regard de la science climatique et de l'Accord de Paris. Depuis sa création en 2015, plus de 10 000 entreprises dans le monde ont engagé une démarche auprès de lui. Son Corporate Net-Zero Standard, publié une première fois en 2021, est le cadre qui définit ce qu'une entreprise doit faire pour que sa trajectoire « net zéro » soit reconnue comme crédible, et non comme un simple exercice de communication.
Cinq ans après cette première version, le constat du SBTi est clair : beaucoup d'entreprises ont fixé des objectifs ambitieux, mais peu ont démontré une exécution à la hauteur. L'écart entre l'ambition affichée et l'action réelle s'est creusé. C'est ce constat qui a motivé la refonte du standard, engagée dès mars 2025 avec une première consultation publique, suivie d'un second projet en novembre 2025, avant la publication de la version finale le 11 juin 2026.
La V2 ne se contente donc plus de vérifier qu'un objectif est aligné sur la science. Elle exige un plan de transition documenté, un reporting annuel des progrès réels, et une vérification indépendante pour les plus grandes structures. Le SBTi la présente lui-même comme son cadre « le plus complet à ce jour », conçu pour rester applicable aux entreprises de toutes tailles, de tous les stades de maturité climatique, et de toutes les zones géographiques.
Six évolutions structurantes résument ce changement de logique.
Le Corporate Net-Zero Standard ne doit pas être confondu avec les scores de notation extra-financière (CDP, EcoVadis) ni avec les obligations réglementaires comme la CSRD ou le BEGES. C'est une démarche volontaire, mais elle est de plus en plus regardée par les investisseurs, les clients grands comptes et les agences de notation comme un gage de crédibilité climatique.
Pourquoi s'engager dans une démarche volontaire alors qu'aucune loi ne l'impose ? Les données publiées par le SBTi lui-même donnent une partie de la réponse. Parmi les entreprises ayant fixé des objectifs validés, 91 % rapportent un impact positif sur leur organisation, 95 % constatent une amélioration de leur réputation, 80 % observent un renforcement de leurs relations avec leurs investisseurs, et 86 % estiment avoir accéléré leur rythme de décarbonation. Ces chiffres expliquent pourquoi la démarche SBTi, bien que volontaire, s'impose progressivement comme un standard de fait dans de nombreux secteurs, notamment auprès des grands donneurs d'ordre qui l'exigent désormais de leurs fournisseurs.
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Qui est concerné, et selon quel calendrier ?
Nouveauté centrale de la V2 : le standard distingue désormais deux catégories d'entreprises, avec des niveaux d'exigence différents. L'objectif est d'éviter qu'une PME industrielle et un groupe du CAC 40 soient soumis exactement aux mêmes obligations.
Ces seuils précis varient légèrement selon les analyses disponibles à ce stade ; nous recommandons de vérifier votre classification exacte dans la documentation officielle du SBTi au moment de votre soumission.
Le déploiement de la V2 s'étale sur plus de deux ans, avec une période de transition volontairement longue pour laisser le temps aux entreprises et aux vérificateurs de s'adapter.
Frise chronologique du déploiement de la V2
Checklist : suis-je concerné, et à quel horizon dois-je agir ?
- Mon entreprise a-t-elle déjà des objectifs validés par le SBTi sous la V1 ? Si oui, ils restent valides jusqu'à leur terme, mais leur renouvellement devra suivre la V2.
- Mon entreprise envisage-t-elle de soumettre de nouveaux objectifs avant février 2027 ? La V1 reste alors la voie la plus rapide.
- Mon entreprise dépasse-t-elle les seuils de la catégorie A (grande entreprise, ETI de pays à revenu élevé) ? Anticipez dès maintenant la vérification tierce et le plan de transition obligatoires.
- Mon secteur dispose-t-il déjà d'une guidance sectorielle spécifique (acier, agroalimentaire, textile, finance) ? Ces guidances précisent les méthodes acceptées scope par scope.
- Ma chaîne de valeur (fournisseurs, clients) est-elle prête à documenter ses propres données d'émissions ? La V2 renforce fortement les exigences sur le scope 3.
Ce que la V2 exige concrètement, scope par scope
C'est le cœur technique du changement. La V1 se contentait souvent d'un objectif combiné et d'une trajectoire globale. La V2 impose une visibilité et une redevabilité indépendantes pour chacun des scopes 1, 2 et 3.
Un principe traverse toute la V2 : la hiérarchie d'implémentation. Une entreprise doit d'abord agir directement sur ses propres émissions, puis mobiliser des actions partagées avec sa chaîne de valeur, et ne recourir qu'en dernier lieu à des instruments de marché, toujours encadrés par des garde-fous précis pour éviter qu'ils ne remplacent l'effort de réduction.
Le principe du « best-efforts basis », ou base de meilleurs efforts, est une autre nouveauté clé : une entreprise peut désormais documenter les freins et dépendances qui limitent sa trajectoire (technologie non mature, réglementation locale, disponibilité d'une énergie bas-carbone), sans perdre sa validation, à condition de mobiliser réellement les leviers disponibles et de le prouver chaque année.
Ce changement a une conséquence directe sur l'organisation interne des entreprises : le pilotage climatique devient un exercice continu, documenté, et non plus un objectif fixé une fois puis rangé dans un tiroir jusqu'à l'échéance suivante.
Crédits carbone et OER : sécuriser sa stratégie dès aujourd'hui
Le sujet le plus débattu de la V2 est sans doute le nouveau cadre de contribution carbone, l'OER, pour Ongoing Emissions Responsibility. Il remplace l'ancien dispositif BVCM (Beyond Value Chain Mitigation), jugé trop peu structurant dans la V1.
Le principe reste le même : les crédits carbone de haute intégrité viennent compléter la stratégie de réduction d'une entreprise, sans jamais s'y substituer. Mais la V2 organise cette contribution en trois niveaux de reconnaissance volontaire.
À partir de 2035, ce cadre bascule d'une logique volontaire à une obligation pour la catégorie A : la contribution carbone devient obligatoire, avec une montée en puissance progressive jusqu'à couvrir l'intégralité des émissions résiduelles à l'horizon net zéro de 2050. Une partie de cette contribution devra prendre la forme de crédits de suppression durable (removals), pour les gaz à effet de serre les plus persistants.
Pour une direction climat, l'enjeu n'est donc pas seulement de « verdir » sa communication à coup de compensation carbone. Il s'agit de construire, dès maintenant, un portefeuille d'actions cohérent entre réduction interne, engagement de la chaîne de valeur, et contribution carbone de qualité, capable de tenir la distance jusqu'en 2035, puis jusqu'en 2050.
Ce changement de cadre a aussi une conséquence sur le marché des crédits carbone lui-même. Les projets de réduction et d'évitement d'émissions ne disparaissent pas, mais ils se repositionnent : ils restent pertinents pour les contributions de niveau Engaged ou Advanced, tandis que les crédits de suppression durable (removals technologiques, forestiers, agroécologiques, biochar) gagnent en importance stratégique à mesure que l'échéance de 2035 se rapproche. Les entreprises qui achètent aujourd'hui des crédits ont donc intérêt à exiger une additionnalité démontrée, une permanence crédible et un système de suivi, notification et vérification (MRV) robuste, plutôt que de se contenter du prix le plus bas.
Checklist : 5 actions pour préparer votre entreprise à la V2 dès 2026
- Identifiez votre catégorie SBTi probable (A ou B) au regard de votre taille et de votre zone géographique, pour calibrer le niveau d'exigence à anticiper.
- Cartographiez vos activités responsables de plus de 5 % de votre scope 3, et engagez le dialogue avec les fournisseurs concernés dès maintenant : c'est l'étape la plus longue.
- Si vous avez des objectifs déjà validés sous la V1, ne les remettez pas en cause : ils restent valides jusqu'à leur terme, mais préparez leur renouvellement sous V2.
- Si vous envisagez une première soumission avant février 2027, ne retardez pas votre démarche pour « attendre la V2 » : le SBTi recommande explicitement de continuer sous V1.
- Structurez dès aujourd'hui votre stratégie de contribution carbone (crédits, prix interne du carbone) pour anticiper l'obligation progressive qui s'appliquera à partir de 2035.
Sources : Science Based Targets initiative — The new Corporate Net-Zero Standard Version 2.0, Science Based Targets initiative — The Corporate Net-Zero Standard V2.0 is here: what comes next , SBTi — Corporate Net-Zero Standard, version 2.0, juin 2026 (PDF officiel), SBTi — Résumé exécutif du Corporate Net-Zero Standard V2 (version française, PDF)
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