Qu'est-ce que le scope 3 et pourquoi est-il si difficile à mesurer ?
Le GHG Protocol, référentiel mondial de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre publié par le World Resources Institute et le WBCSD, distingue trois périmètres d'émissions. Le scope 1 couvre les émissions directes produites sur site. Le scope 2 couvre l'énergie achetée. Le scope 3, lui, regroupe toutes les émissions indirectes liées à la chaîne de valeur amont et aval de l'entreprise.
Il se compose de 15 catégories officielles, parmi lesquelles les achats de biens et services (catégorie 1), le transport et la distribution (catégories 4 et 9), l'utilisation des produits vendus (catégorie 11) et leur fin de vie (catégorie 12). Pour une entreprise industrielle ou un distributeur, ces postes représentent fréquemment 70 à 90 % du bilan carbone total.
La difficulté ? Ces données appartiennent à d'autres acteurs, vos fournisseurs, vos prestataires logistiques, vos clients. Vous ne les contrôlez pas directement. C'est pourquoi beaucoup d'entreprises s'arrêtent aux scopes 1 et 2 : plus simples à mesurer, mais bien moins représentatifs de l'impact réel.
En France, la loi PACTE de 2019 et la directive européenne CSRD (applicable progressivement depuis 2024) contraignent les entreprises à publier un reporting extra-financier incluant les émissions de scope 3. Ne pas les mesurer, c'est donc aussi prendre un risque de conformité.
Comment cartographier et prioriser ses émissions scope 3 sur la chaîne de valeur fournisseurs ?
La mesure du scope 3 commence par une cartographie qualitative. L'objectif : identifier les catégories les plus significatives avant de les quantifier précisément. Deux méthodes complémentaires existent.
La première s'appuie sur des facteurs d'émissions génériques (base ADEME, Ecoinvent, données sectorielles) appliqués aux volumes achetés ou vendus. C'est l'approche la plus rapide. La seconde, plus robuste, repose sur la collecte de données primaires directement auprès des fournisseurs, un travail exigeant mais qui améliore significativement la précision du bilan.
La norme ISO 14064-1:2018 encadre cette démarche et constitue la référence pour les bilans carbone organisationnels. En France, la méthode Bilan Carbone® de l'ADEME reste l'outil le plus utilisé par les PME et ETI pour structurer cet exercice.
Une fois les émissions cartographiées, la priorisation s'impose. Quelques règles pratiques :
Concentrez-vous sur les catégories qui représentent plus de 5 % de votre scope 3 total. Croisez les volumes d'émissions avec votre capacité d'influence réelle sur chaque poste. Un grand groupe peut peser sur ses fournisseurs tier-1 ; une PME devra travailler autrement, en mutualisant les démarches, en adhérant à des initiatives sectorielles, ou en faisant évoluer ses critères d'achat.
La plateforme CDP Supply Chain, utilisée par plus de 280 entreprises acheteuses en 2024, est un exemple concret de dispositif permettant de demander à ses fournisseurs de renseigner leurs émissions de façon standardisée.
Quels leviers activer pour réduire concrètement son scope 3 en 2026 ?
Mesurer ne suffit pas. Réduire le scope 3 implique d'agir en dehors de ses propres murs, ce qui suppose une stratégie d'influence claire sur la chaîne de valeur carbone.
Côté amont (fournisseurs), les leviers principaux sont : l'intégration de critères carbone dans les appels d'offres, l'accompagnement des fournisseurs clés dans leur propre démarche de décarbonation (programmes type « fournisseurs engagés »), et la révision des spécifications produits pour réduire l'intensité carbone dès la conception. Le programme Engage de l'initiative Science Based Targets (SBTi) fournit un cadre pour fixer des objectifs de réduction alignés sur une trajectoire 1,5°C, y compris pour les émissions de scope 3.
Côté aval (usage et fin de vie), l'éco-conception est le levier le plus structurant. Réduire le poids d'un emballage, prolonger la durée de vie d'un produit, faciliter son recyclage : chaque décision de conception se répercute sur les émissions de catégorie 11 et 12. C'est souvent là que se cachent les plus grandes opportunités de réduction.
Sur les déplacements et la logistique, les entreprises disposent de leviers plus directs : politique voyage raisonnée, report modal vers le ferroviaire ou le maritime, optimisation des tournées. L'ADEME estime que le transport de marchandises représente à lui seul 8 % des émissions nationales.
Enfin, l'engagement des collaborateurs reste un accélérateur sous-estimé. Former les équipes achats, logistique et R&D à la lecture carbone de leurs décisions transforme le scope 3 en levier de pilotage opérationnel, pas seulement en exercice de reporting.
Embarquer ses fournisseurs pour décarboner sa chaîne de valeur, c'est faisable. Voici comment :
Scope 3, collecte de données fournisseurs, critères carbone dans les achats… Nos experts ont décrypté les méthodes concrètes pour passer de la mesure à l'action.





















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