Matériau innovant : et si la paille remplaçait le béton ?

Podcast
Publié le
May 29, 2026
Dans cet épisode, nous découvrons EcoCocon, une entreprise lituanienne fondée en 2008, qui fabrique des panneaux préfabriqués composés à 89 % de paille et 10 % de bois. Une alternative décarbonée au béton et aux autres matériaux classique, industrialisable à grande échelle.

Timothée :

Après chaque moisson, les agriculteurs et agricultrices se retrouvent avec des tonnes de paille à ne pas savoir qu'en faire. Parfois ils la brûlent, parfois ils la laissent tout simplement se décomposer. C'est un déchet. Et pourtant compressée dans du bois massif, cette paille capture 93 kg deCO2 par mètre carré produit, elle permet de livrer un immeuble de 12 étages en à peine 14 mois. Et le premier bâtiment construit avec ce système en Europe date de 1921 à Montargis et il est toujours debout. Deux ans avant le premier béton porteur à Paris et cela, qui l'eut cru ?

 Et dans ce nouvel épisode de Qui l'eut cru, je reçois Geoffroy de Villèle, Country manager de chez EcoCocon France. Bonjour Geoffroy.

Geoffroy :

Bonjour Timothée.

Timothée :

Et Nicolas Bernard, le Victor Wembanyama de R3 qui signe son grand retour dans le podcast. Et avec eux, on part comprendre comment un déchet agricole devient aujourd'hui un modèle de construction décarbonée à grande échelle. Bonne écoute.

Peut-être avant toute chose et de rentrer un peu dans le détail du produit, de ce que vous faites, de votre innovation, EcoCocon, ça fait français mais je crois que c'est pas français à la base.

EcoCocon, un projet européen

Geoffroy :

Non, c'est pas français. EcoCocon a 18 ans et a été créé en 2008 par un programme européen initialement qui était le programme Leonardo qui voulait réunir des professionnels de la construction pour réfléchir ensemble via des fonds européens sur comment proposer une alternative décarbonée dans la construction. De cette réunion, de ce programme de réflexion est né EcoCocon, une initiative très européenne avec des fondateurs qui sont lituaniens, norvégiens, danois, espagnols.

Timothée :

Pas français mais cosmopolite.

Et toi, comment on arrive à avoir les mains dans la paille en France du coup ?

Geoffroy :

Et moi, pareil, je ne suis pas parti dans la paille directement, j'ai fait une école de commerce, donc pas de formation d'ingénieur mais j'ai la chance d'avoir un oncle qui a, Damien de Villèle, qui a donné beaucoup de temps de sa vie pour la construction bois-paille en voulant professionnaliser ce milieu pour proposer, pour démocratiser en fait la construction décarbonée et en fait je l'ai rejoint en fin d'aventure pendant deux ans et j'ai pu apprendre plein de choses de ce milieu, super intéressante, malheureusement l'entreprise Isopail pour laquelle il travaillait, qu'il avait fondé, n'existe plus et c'est pour ça que maintenant je travaille avec EcoCocon qui est venu me chercher à la fin de l'aventure d'Isopail.

Timothée :

Et donc EcoCocon, concrètement, qu'est-ce que c'est ? Comment tu définirais l'activité de l'entreprise ?

Geoffroy :

EcoCocon, on a une mission, c'est rendre accessible à tous et démocratiser le plus possible la construction décarbonée, donc avoir le plus grand impact possible sur la décarbonisation du BTP et pour ça, on a développé un système constructif fait uniquement avec du bois en structure et de la paille en isolation et ce système constructif surtout, il est pensé pour être automatisé puisque, on va en parler, mais la paille a beaucoup beaucoup d'avantages, elle répond à plein de problématiques modernes du BTP mais son inconvénient, c'est sa mise en œuvre qui peut être très longue, pas très gratifiante, pas très intéressante, compliquée aussi, il faut être précis, donc c'est un gros frein à l'utilisation de la paille dans le BTP et c'est justement ça qu'EcoCocon a résolu grâce à des technologies innovantes, on allie justement ce côté high-tech avec du low-tech,voilà, c'est ça qu'on fait.

EcoCocon on a une mission, avoir le plus grand impact possible sur la décarbonisation du BTP

Timothée :

Si on essaie de se projeter un petit peu sur le produit, donc là, vous avez des partenaires qui ramassent dans les champs de la paille qu'on laissait jusqu'à présent pourrir dans les champs.

Geoffroy :

Voilà, donc ces partenaires, c'est des agriculteurs et agricultrices qui sont à proximité de nos ateliers de production et l'idée c'est qu'on peut valoriser ce déchet de l'agriculture, donc on leur rachète de la paille. L'avantage c'est qu'il y en a beaucoup, du coup ça coûte pas cher et on va valoriser cette paille plutôt que de la laisser en effet se décomposer. Ou on l'utilise parfois en litière pour l'élevage ou dans le maraîchage, et nous on va valoriser cette paille donc on va leur acheter la paille et on va en faire un matériau isolant dans des murs.

 nous on va valoriser cette paille donc on va leur acheter la paille et on va en faire un matériau isolant dans des murs

Timothée :

Comment vous faites du coup ?

Geoffroy :

Alors on a une ligne de production maintenant qui est entièrement automatisée, robotisée, donc c'est des robots qui ont été créés par une entreprise française qui a travaillé 4 ans avec nous, une entreprise qui est spécialisée dans les lignes de production, donc ils vont travailler plutôt avec l'automobile, la Stellantis, Volkswagen ou l'aéronautique, et là ils ont travaillé avec nous pour, bah voilà, comment créer des robots qui vont mettre en oeuvre, mettre la paille en tant qu'isolant dans un mur bois et ça c'est compliqué puisque la paille elle a besoin d'être compactée à 115 kg du mètre cube dans le mur pour avoir une bonne performance thermique, et c'est ça qui est le défi qu'on a relevé dans nos ateliers. C'est ce qu'on voit, on voit des robots qui dansent et qui vont venir prendre du bois, le mettre sous forme structurelle, donc des murs quoi, et dans ces murs venir mettre de la paille.

La mission d'entreprise : décarboner le BTP

Timothée :

Et donc votre approche si on prend la logique écologique, ça vise quoi ? Remplacer l'isolant à base de pétrochimie, l'ossature en acier, le béton ? Comment vous vous positionnez du coup en comparaison sur la chaîne de valeur du bâti ?

Geoffroy :

La mission à grosse échelle c'est décarboner l'activité humaine, donc participer à avoir moins de CO2 dans l'air. Le BTP c'est un levier important. La moitié de l'énergie qu'on utilise aujourd'hui en France elle sert soit à construire, soit à chauffer ou à déclimatiser des bâtiments. 

Et quand on veut décarboner le BTP, il y a deux leviers encore une fois, il y a l'énergie que le bâtiment va utiliser durant sa vie, et donc pour en utiliser le moins possible il faut qu'il soit bien isolé, voire très bien isolé, et deuxième levier c'est que ces bâtiments qu'on construit qui sont bien isolés, il faut les construire avec des matériaux qui eux-mêmes émettent peu de carbone. Et donc là on a deux catégories de matériaux, les structurants, donc béton, acier et bois. On va favoriser le bois, et si possible le bois massif, à l'inverse du béton ou de l'acier qui vont émettre beaucoup de carbone. Après on a les isolants, et donc là on va favoriser encore une fois des isolants qui sont peu transformés, et donc on va pas utiliser de laine de verre ou laine de roche, on va se tourner en l'occurrence vers la paille qui a plein d'avantages.

Donc nous les murs qu'on crée en bois et en paille, ils vont servir à remplacer toute la partie structurelle et isolante d'un bâtiment, donc on va faire des bâtiments sans béton, sans acier, sans laine de verre, sans laine de roche.

Timothée :

Si on compare peut-être un impact écologique, paille VS laine de roche, c'est quoi les différences ?

Geoffroy :

Alors c'est ça qui est intéressant avec le BTP, c'est que autant c'est un secteur qui pollue énormément, autant c'est un levier fort, on a des solutions qui existent et qui permettent de réduire énormément,. Nous notre mur à performance, comparé à du béton et de la laine de verre, on va dire classique, on va avoir 98%d'impact carbone en moins, on est 34 fois moins carboné que des solutions classiques qu'on voit, donc c'est un vrai levier pour avoir une action qui est forte à l'échelle nationale.

On est 34 fois moins carboné que des solutions classiques qu'on voit, donc c'est un vrai levier pour avoir une action qui estforte à l'échelle nationale

Timothée :

On est malheureusement dans un monde post-Trump, ça coûte combien votre histoire ?

Geoffroy :

D'ailleurs le monde post-Trump et tout ce qui est autour du débat de l'énergie, du coût de l'énergie, au final c'est quelque chose qui nous sert, nous on fait des bâtiments qui vont consommer peu d'énergie avec des matériaux qui demandent peu d'énergie pour être créés, donc c'est aussi se prémunir de la hausse des énergies, des potentiels risques géopolitiques. Donc ça c'est intéressant, en plus ces matériaux sont locaux donc on va pas aller chercher très loin, donc ça c'est intéressant.

En différence de prix, notre mur versus un mur encore une fois béton, laine de verre, on va dire le plus classique possible, il y a une différence de l'ordre de 10 à 15% à l'achat, et après évidemment comme je disais la facture, la différence de prix on va facilement la récupérer sur les énergies qu'on va économiser de chauffage, de climatisation, etc.

On fait des bâtiments qui vont consommer peu d'énergie avec des matériaux qui demandent peu d'énergie pour être créés. C'est aussi se prémunir de la hausse des énergies, des potentiels risques géopolitiques

Timothée :

Merci pour ce premier tour d'horizon. J'en profite pour lancer la balle à Nicolas, qui a fait un tour historique du béton et surtout comment le béton est devenu la norme dans le bâtiment.

Capsule expert #1

Nicolas :

Comment le béton s'est imposé en effet. Alors le béton il a émergé un petit peu avant la fin du 19e siècle, avant ça on construisait un petit peu avec ce qui était présent territorialement autour de nous. Donc beaucoup de bois en forêt, proche des zones de forêt, de pierres en montagne, de terre crue dans les plaines, ou déjà de bottes de paille à l'époque dans certaines zones agricoles. Le matériau il était surtout choisi dans une logique économique, une logique géographique, on prenait ce qui était disponible proche.

Timothée :

Donc la paille par exemple ?

Nicolas :

C'était déjà le cas à l'époque, en tout cas c'est là qu'on a vu apparaître les premières maisons de paille et ça c'est pour ça que c'est de la low-tech, c'est quelque chose qui n'est pas particulièrement nouveau. Evidemment ce qui est plus nouveau c'est de le faire avec la compression et de le faire avec une ambition aussi différente en termes de hauteur du bâti et de solidité. Ce qui s'est passé après, à la fin du 19e, c'est l'invention et la popularisation du ciment pour permettre la création de sujets beaucoup plus difficiles à compresser et qui se sont imposés du coup pendant la révolution industrielle comme beaucoup de choses, où la pierre était devenue extrêmement rare et chère. On a eu Joseph Habsdyn, un maçon anglais, qui brevette un liant artificiel à cette époque-là, le ciment, il appelle ça le ciment Portland et c'est quelquechose qui va permettre de grandement développer la construction parce que le ciment il est très résistant à la compression mais il est aussi un petit peu fragile à la flexion.

Timothée :

Mais tu voulais aussi nous parler du béton armé.

Nicolas :

Evidemment, ce qui s'est passé ensuite sur la fin du 19eème c'est qu'on a vu se créer l'apparition du béton armé. Donc le mélange du béton et de l'acier. Le béton va résister à l'écrasement, l'acier va résister à l'étirement, associés ils vont se compléter et ils sont décisifs pour l'industrie naissante et on va dire l'exigence de construction très importante de l'époque.

C'est très résistant, c'est plastique, c'est transportable, c'est accessible parce que c'est facile d'apprendre à couler du béton et qu'on n'a pas forcément les mêmes contraintes aujourd'hui en termes d'accès à l'énergie ou à l'environnement qu'on pouvait avoir au début de la révolution industrielle.

Timothée :

Et très facilement reproductible par rapport à ce que disait Geoffroy. C'est aussi une caractéristique du béton, c'est qu'on peut le reproduire n'importe où avec n'importe quoi.

Nicolas :

Exactement. Parce que les composites principaux du béton, on en retrouve à peu près dans toutes les zones du monde. Le calcaire et l'argile qui sont nécessaires à sa fabrication, on en a à peu près partout. Le procédé, il est mécanisable donc il est reproductible : cuisson, broyage, conditionnement. C'est facile de faire du béton au 19ème et au 20ème.

Timothée :

Mais là, la guerre arrive.

Nicolas :

Et la guerre arrive et ça va intensifier un petit peu tout ça.Parce que la guerre, la Seconde Guerre mondiale, la Première Guerre mondiale, elles entraînent énormément de destruction de bâtis. Et c'est notamment le cas en France : plus de 1,5 million de biens endommagés.

Donc là, il va y avoir une logique de reconstruction, reconstruction nationale. Dans beaucoup de pays, ça va être le cas. Et à ce moment là, le béton, c'est vraiment imposé comme une réponse systémique. Il est industrialisé et il est maîtrisé. Et donc, du coup, va y avoir une intensification de l'utilisation du béton et de ses usages dans le monde de la construction.

Mais ça a des limites écologiques très claires C'est 8% des émissions mondiales de CO2 rien que pour le ciment. C'est 50% de l'extraction mondiale de ressources qui sont liées à la construction. Aujourd'hui, le monde du BTP, c'est un des mondes qui est le plus touché à la fois par les questions de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi d'adaptation.

C'est 50% de l'extraction mondiale de ressources qui sont liées à la construction

On parle beaucoup, du coup, de l'isolation et c'est aussi un des sujets dont on va parler aujourd'hui. Le monde du bâtiment est responsable d'une bonne partie des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et va aussi être le monde le plus touché par la hausse des émissions de gaz à effet de serre parce que les hausses de température, elles vont avoir une vraie incidence sur le confort des espaces dans lesquels on vit. Il y a toutes les questions de la transition écologique qui viennent bouleverser, entre guillemets, comment on pense nos usages de construction et de vie dans les bâtiments.

À titre personnel, Timothée, est-ce que tu sais combien il y a de tonnes de béton qui sont coulées chaque année dans le monde? Et du coup, qu'est-ce que ça veut dire en termes de kilos de béton coulés par habitant?

Timothée :

Alors là, je n'en ai aucune idée en vrai. J'essaye de réfléchir, je pourrais dire un chiffre. 10 kilos, pas beaucoup, 50.

Nicolas :

On est plutôt à 500 kg de béton qui sont coulés chaque année par habitant dans le monde.

Timothée :

Ça en fait du kilo.

Nicolas :

Oui, ça en fait du kilo.

Timothée :

Merci, Nicolas. Repassons la balle sur la seconde partie de l'interview. On veut un peu de comprendre aujourd'hui, si je suis client potentiel, futur, chez vous. Comment ça se passe concrètement? C'est quoi ? Je commande sur Internet et je livre mes murs en paille et bois.

Concrètement, comment ça marche unprojet avec EcoCocon ?

Geoffroy :

C'est assez classique. On va s'insérer dans le BTP moderne. Donc, on fait la construction qu'on appelle hors site. C'est à dire qu'on va produire des morceaux de murs pour des projets divers et variés dans nos ateliers. Et ces morceaux de murs, ils sont ensuite envoyés sur le chantier ou chez des partenaires qui vont construire avec. Ces partenaires, ça va du charpentier qui a son entreprise avec 2, 3 employés qui va nous commander une maison individuelle jusqu'à Vinci, FH, Bouygues qui vont nous commander un groupe scolaire, un lycée, un gymnase, etc.

Et donc, de la même manière qu'on peut acheter aujourd'hui des murs avec du béton préfabriqué, avec du bois et de la laine de verre ou des isolants autres. Maintenant, on peut acheter des murs en bois isolés en paille chez EcoCocon.

Timothée :

Du coup, même en étant en particulier. C'est à dire que là, j'ai un projet de rénovation d'une maison. Je suis en train de casser toutes mes cloisons. Si je veux remettre des cloisons, je peux vous commander des cloisons.

Geoffroy :

Même les particuliers peuvent commander. Ce n'est pas notre business model, mais on peut livrer chez n'importe qui. Après, c'est vrai que la construction hors site, c'est une construction qui est facile à mettre en œuvre. Les modules, les morceaux de murs s'assemblent entre eux avec des vis qui sont fournis. Donc oui, on peut te livrer chez toi, Timothée, sans souci.

Timothée :

J'y réfléchirai. Aujourd'hui, les usines sont où ?

Geoffroy :

Il y a deux usines, l'usine historique qui est en Lituanie, qui a 18 ans cette année. Et depuis un an et demi, on a ouvert une nouvelle usine, celle qui est entièrement robotisée, qui est en Slovaquie, là où il y a le siège de l'entreprise. Cette usine, on en est extrêmement fiers parce qu'elle répond vraiment à un besoin. Et c'est un défi technologique assez énorme que de pouvoir construire des murs sans intervention humaine d'un bout à l'autre de la chaîne. Et surtout, cette usine, elle est reproductible. Donc en 2028, on aura une usine en Europe qui sera soit en France, en Espagne ou aux Pays-Bas. Et en 2029, on aura une quatrième usine qui ouvrira aux États-Unis.

Et [l'usine] c'est un défi technologique assez énorme que de pouvoir construire des murs sans intervention humaine d'un bout à l'autre de la chaîne

Timothée :

On espère vraiment que ça arrive en France !

Geoffroy :

On espère aussi, c'est pour ça qu'on est là.

Timothée :

Parle-nous un peu d'un projet qui a marché, peut-être, pour qu'on se projette un petit peu sur ce que vous proposez.

Geoffroy :

On a fait plusieurs projets qui ont attiré l'attention, notamment l'année dernière. On a fait le plus grand bâtiment au monde isolé en paille. Donc c'est un immeuble de 11 étages, de 12 niveaux, R plus 11, qui est en Suède, qui accueille une soixantaine de logements. Donc ça, c'est un défi technique. Souvent, le problème de la paille, ce n'est pas de répondre techniquement à un souci, mais c'est de rassurer les maîtrises d'ouvrage, donc de montrer que c'est possible, de montrer qu'on peut faire de l'isolation biosourcée sur des sujets complexes. Donc ça, c'est une preuve par l'exemple.

Dans la foulée, on a eu la chance de livrer ce qui est le plus grand bâtiment bois d'Europe maintenant, dont la fin du gros œuvre s'est terminée il y a deux semaines. Ce bâtiment, il fait 155 000 mètres carrés de surface de plancher. Pour les Parisiens, c'est l'atome en parnasse plus 30 %.Donc pareil, c'est un vrai défi technique. Tous les producteurs de murs, que ce soit bois, béton, ne savent pas produire et livrer ce genre de chantier. Là, c'est possible, en plus, en rajoutant de la paille comme contrainte.

Et plus récemment, peut-être pour le marché français, on livre dans dix jours, peut-être à la sortie du podcast. On livre le premier projet de MVRDV, qui est un cabinet d'architecture très influent internationalement. On livre leur premier projet paille. Donc c'est des signaux forts aussi, c'est un hôtel de 81 lits. C'est des signaux forts sur l'avenir de la paille et où est-ce qu'on peut en mettre, dans quel type de projet.

Timothée :

Si tu devais un peu répondre aux arguments qui se disent, non mais ce n'est pas pour moi les bâtiments en paille, c'est quoi un peu les freins, justement, que tu rencontres dans la commercialisation, que je voudrais un peu débunker là ?

Geoffroy :

Bien sûr, le premier frein, je pense que c'est les questions techniques et réglementaires. Mais ça, en réalité, preuve par l'exemple, en France, on a fait des R4, des R5, il y a même des R9, il me semble, qui sont faits en ITE paille. Donc il n'y a vraiment aucune raison, ce n'est pas plus compliqué de faire de la paille que d'autres systèmes. Il y a des entreprises qui sont là, il y a EcoCocon, il y a plein d'autres, à une époque où on voit les choses, qui en font et qui font ça bien.

Le deuxième frein, c'est "ah mais ça va être trop cher". Si c'est bien fait et que la paille est bien pensée dans le projet et qu'elle a sa place et qu'elle est intégrée dans un système, on va dire industriel, ce n'est pas forcément plus cher. Et en plus, le delta de coût, encore une fois, est rattrapé parce qu'on est en surqualité en général, même 100% du temps, sur la partie sobriété.

Donc ça, c'est vraiment les deux plus gros freins. Et après, j'encourage les maîtrises d'ouvrage, les constructeurs à venir visiter les chantiers. On ouvre tous nos chantiers au public et là, vraiment, ça parle. Le produit est qualitatif, on voit que c'est un produit industriel, on voit qu'il n'y a pas d'erreur possible. Souvent, quand on parle de paille, on se dit ça va être un petit peu brouillon, un petit peu artisanal. Là, c'est artisanal, c'est de la paille, c'est low-tech, mais c'est très précis.

Capsule expert #2

Timothée :

On voulait justement faire un peu une plongée dans le monde de la paille parce que là, du coup, on a vu la paille dans des murs. Mais je crois que Nicolas, lui, au-delà du basket, c'est un homme de terrain et il arpente les innovations au-delà du monde. Et tu as retrouvé trois usages insoupçonnés de la paille.

Nicolas :

Alors déjà, ça vient d'où la paille ? Ça vient d'où ? Aujourd'hui, si on doit avoir quelques ordres de grandeur en tête, ça vient principalement de notre production mondiale de céréales.

Aujourd'hui, on produit quasiment 2,8 milliards de tonnes par an de céréales. Pour chaque tonne de grains récolté, on produit environ une tonne de paille. Donc ça veut dire que nous, en France, on produit plusieurs dizaines de millions de tonnes de paille chaque année et c'est un gisement colossal. Jusqu'à la fin des années 90, on brûlait quasiment l'intégralité de cette paille et elle était régulièrement considérée, et ça l'est toujours à plein d'égards, considérée comme un déchet dont on ne savait pas forcément quoi faire ou alors qui peut servir dans le monde d'agricole, à faire du paillage ou à permettre d'avoir quelques usages agricoles, mais vraiment plutôt comme étant un coproduit qui va être laissé là pour fertiliser les sols ou entretenir quelques productions d'élevage ou alimentaire. Alors évidemment, là, on est en train de voir un usage immobilier, mais on peut aussi avoir un usage dans la nourriture.

La paille, ça peut être un fabricant de nourriture, c'est un excellent substrat de la culture pour les champignons. Les champignons, ils ne se nourrissent pas de terre, ils se nourrissent de cellulose, qui est une molécule structurelle des tiges végétales qui sont présentes dans la paille, et de lignine. Et ces deux composés, c'est l'essentiel de la paille aujourd'hui et donc du coup, c'est le carburant naturel des champignons qui développe des enzymes capables de le décomposer entièrement. Par exemple, il est possible de faire pousser des pleurotes directement sur des pailles de blé pasteurisé en 3 à 4 semaines par an sans forcément avoir quoique ce soit en un temps. La paille, c'est aussi un fabricant de carburant, évidemment. Les biocarburants classiques, éthanol de maïs, biodiesel de colza, utilisent des cultures alimentaires, des cultures intermédiaires à valorisation énergétique.

Le problème, c'est que ça mobilise des terres agricoles pour produire du carburant, que c'est une concurrence directe à l'alimentation. Et la paille peut aussi être un coproduit qui peut entrer à certains endroits dans la fabrication de carburant. Et c'est également aussi la paille un excellent fabricant de papier. Plus de 40% du bois abattu mondialement finit produit en produits de papeterie, selon WWF. Or, le papier n'a pas forcément besoin d'un arbre en soi, il a besoin de cellulose, encore elle. Et la fibre végétale mélangée à de l'eau étalée et séchée, elle crée naturellement une surface solide. C'est le principe du papier, quel que soit son matériau d'origine. C'est pas une idée neuve, au 19ème, le papier se fabriquait déjà couramment à partir de paille de l'Inde et de Chambres. Le basculement vers le bois s'est fait du fait de la mécanisation de l'exploitation forestière, qui a rendu le bois moins cher à récolter, et du développement des différentes résines chimiques.

Mais aujourd'hui, on a déjà des alternatives au bois dans les produits en papier. Plus de 20% du papier produit en Inde et en Chine est fabriqué à partir de paille de bléderie. Et dans le monde, il y a 8% des produits en papier qui viennent de déchets agricoles.

Donc, on pourrait envisager d'avoir de la paille un peu plus dans les intrants de notre papier. Et voilà quelques usages qu'un coproduit paille pourrait avoir.

Timothée :

Un bel avenir pour la paille. Sachant que tu nous disais, Geoffroy, en gros, si demain, imaginons, rêvons un peu, on voudrait mettre la paille dans tous les isolants du bâtiment, on utiliserait combien de pourcentages de la paille ?

Geoffroy :

On produit 300 000 à 400 000 bâtiments par an en France. Et si on voulait tous les isoler en paille, on pourrait. Et on n'aurait besoin que de 10% de la paille disponible qu'on a en France. Donc, c'est d'ailleurs un des grands arguments de la paille. C'est ce côté, le produit est là en abondance sans effet de rebond. On ne va pas commencer à déforester ou à changer les cultures pour cultiver du blé et avoir de la paille.

 De toute manière, on a de la paille dans les bras. Donc, c'est qu'est-ce qu'on enfait intéressant pour le papier, intéressant pour les champignons et très intéressant pour le BTP, ouais.

On produit 300 000 à 400 000 bâtiments par an en France. Et si on voulait tous les isoler en paille, on pourrait. Et on n'aurait besoin que de 10% de la paille disponible qu'on a en France

Timothée :

Comme quoi, la paille, moi, j'étais resté sur les trois petits cochons. Mais en fait, c'est pas du tout vrai. Voilà, c'est un monde qui s'écroule.

L'avenir d'EcoCocon

Timothée :

Pour terminer, on voulait ouvrir un peu sur les perspectives du coup, parce que c'est l'entreprise dont tu l'as rejoint il y a quelques années. Comment tu vois maintenant la suite ? C'est quoi un peu vos projets sans dévoiler les secrets ?

Geoffroy :

Le plus gros milestone, ce qu'on a passé, c'était vraiment cette usine automatisée qu'on a ouvert il y a un an et demi qui fonctionne à merveille. Là, maintenant, l'idée, c'est de multiplier ces sites de production. Donc, on en a deux dans le pipe d'ici à 2029. Et d'ici à 2034, on aimerait produire annuellement un million de mètres carrés de mûrs bois-paille par an. Avec pour ça, on estime une quinzaine de sites de production répartis partout en Europe et aux US.

Et après, à l'échelle française, ça fait trois ans que le marché est ouvert pour EcoCocon. On fait un début qui est assez fort. On est très content. Et là, on est en train designer des marchés potentiellement avec des majors qu'on a cités, Vinci, etc.

Donc, voilà, le plus de projets possibles. Et le plus de maîtrise d'ouvrage convaincu, de l'architecte convaincu. C'est tout ce que je nous souhaite.

Timothée :

Oui, le plus dur, c'est d'aller convaincre les architectes. C'est plutôt qui ont lamain.

Geoffroy :

Les architectes sont une bonne porte d'entrée. Il y en a beaucoup qui ont déjà fait des projets paille et qui poussent pour des projets paille. Il y avait le Forum Bois Construction au Grand Palais à Paris, quelques mois.

Et ils exposent chaque année une galerie de projets de différents architectes. Cette année, il y avait plus de 120 architectes qui ont proposé des projets biosourcés. La plupart étaient en paille. Donc, c'est une très bonne porte d'entrée. Il y en a encore qui ne s'y mettent pas, mais c'est notre rôle de les aider, de leur montrer que c'est possible, que c'est facile. Et après, c'est potentiellement les villes qu'il faut convaincre.

Les villes, c'est des infrastructures assez importantes, des écoles, des gymnases, des médiathèques, etc. Et donc, c'est des bâtiments qui pèsent lourd dans l'empreinte carbone totale. Donc, c'est eux qu'il faut aussi rassurer. Logements sociaux également.

Timothée :

Vous avez des villes avec qui, là, ça fonctionne mieux que d'autres ?

Geoffroy :

Il y a des villes qui sont très connues, notamment l'Île-de-France, pour faire beaucoup confiance à ces matériaux biosourcés. Et en ce moment, on est en discussion avec la ville de Paris sur, je pense, ce qui va être le plus grand projet paille de Paris. Je ne sais pas si on peut trop le dire, mais si vous allez regarder ce que fait Serge Joly Architecture, vous pourrez voir quelques dessins du projet qui est en phase de construction.

Timothée :

D'accord, très bien. Sinon, tu sais qu'Emmanuel Grégoire est très facilement atteignable sur Instagram.

Geoffroy :

Avec plaisir, j'essaierai.

Timothée :

Donc, il faut lui envoyer un petit reel, comme on dit. Avant de terminer, d'ailleurs, est-ce que pour te contacter, comment on fait ? On est une entreprise, le site Internet ?

Geoffroy :

Donc, nous, on est une entreprise. Il y a un site Internet qui est très bien fait, qui est traduit dans une bonne quinzaine de langues européennes. Donc, là-dessus, vous trouverez les coordonnées de la boîte, des formulaires pour envoyer vos dossiers, vos projets, aussi mes coordonnées, donc mon mail, mon numéro de téléphone pour discuter.

On a un bureau à Paris où on a des murs bois paille à l'échelle 1.1.. Donc, on peut venir voir, toucher le produit. On vous accueille avec grand plaisir. Et sinon, quoi d'autre ? Présent sur les réseaux, il y a pas mal de photos sur Instagram, présent sur LinkedIn, tout le classique.

Timothée :

Super, merci beaucoup. Avant de terminer, Nicolas, toi, tu voulais un peu nous proposer, mais rapidement, quelques pratiques pour simplifier son habitat, un peu à la mode low-tech.

Capsule Expert #3

Nicolas :

Oui, tout à fait. Le but, ce serait de se dire un exemple concret de la sobriété à l'échelle de l'habitat. C'est le travail du Low-Tech Lab, des ingénieurs, des explorateurs français qui partent observer partout dans le monde des solutions sobres et pérennes et qui les testent dans un habitat réel. Ils construisent une tiny house autonome, volontairement petite et sobre. Pourquoi ? Parce qu'un petit espace, ça va les obliger à optimiser chacun de leurs besoins. Et pendant un an, ils vivent dedans, ils expérimentent et ils documentent tout ça. Ils tentent de répondre à une question centrale, qu'est-ce qui fonctionne vraiment au quotidien ? Cette expérience a donné naissance au livre « Je passeau low-tech à la maison » de Pierre-Alain Lévesque et Clément Chabot.

C'est vraiment un manuel pratique avec des tutoriels détaillés. Chaque solution est expliquée, testée, reproductible. Donc, je vais vous partager trois bonnes pratiques qu'ils ont pu mettre en place dans leur livre.

Le premier, c'est le chauffe-eau solaire. L'eau chaude sanitaire, aujourd'hui en France, c'est 15 à 20 % de la consommation énergétique. Et un chauffe-eau solaire thermique peut couvrir quasiment jusqu'à 70 % de ses besoins à lui seul, avec une durée de vie de 20 à 30 ans. C'est un investissement, notamment dans le rural, qui est extrêmement intéressant pour beaucoup. Le deuxième exemple, c'est réduire avant de produire la sobriété énergétique. Ça, vous le savez très bien.

C'était à la mode il y a quelques années, pendant la première crise énergétique. Le fameux col roulé qu'il fallait que nous portions tous. Je ne peux que vous inviter à le reproduire cette année pour l'été.

Et le troisième, mieux gérer l'eau sans technologies lourdes. Évidemment, tout ce qui va être récupérateur d'eau de pluie pour les eaux de pluie de WC et de jardin, les réducteurs de débit sur les robinets, les toilettes sèches ou à séparation, qui sont de plus en plus utilisées en France ou dans les logements permanents. Donc, on ne passe pas forcément que par des nouveaux matériaux ou des choses qui sont très révolutionnaires, mais aussi par des gestes simples.

C'est le logiciel de conception maison. On vous recommande Witty House, qui est une plateforme sur laquelle vous pouvez aller découvrir plein de manières de mettre en place ces choses-là à la maison.

Timothée :

Merci beaucoup Geoffroy. Merci beaucoup Nicolas pour avoir accordé du temps pour connaître et explorer un petit peu plus le monde de la paille et de l'habitat.

 Et Qui l'euût cru ? Que la paille, simple résidu agricole, deviendrait un matériau de construction industrialisé. Que l'isolation d'un immeuble puisse reposer sur de la paille.

Que la paille puisse rivaliser avec des isolants industriels. Merci à tous de nous avoir écoutés. La prochaine fois, nous aurons la chance d'échanger avec Mara, qui accompagne des profils neuro-atypiques dans l'insertion professionnelle.

Mais on ne vous en dit pas plus.

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