Qu'est-ce que la directive ECGT et pourquoi elle change tout
La directive ECGT, officiellement désignée sous la référence Directive (UE) 2024/825, est un texte juridique européen adopté en février 2024. Son nom complet, Empowering Consumers for the Green Transition, dit déjà l'essentiel : remettre le consommateur au centre d'une information environnementale fiable.
Concrètement, la directive modifie deux textes fondateurs du droit européen de la consommation : la directive sur les pratiques commerciales déloyales (2005/29/CE) et la directive sur les droits des consommateurs (2011/83/UE). Elle s'inscrit dans une tendance réglementaire de fond : après la CSRD sur le reporting extra-financier et la directive sur les allégations environnementales (Green Claims Directive, en cours de finalisation), l'Union européenne construit pièce par pièce un cadre cohérent contre le greenwashing.
Le contexte factuel est sans appel : selon la Commission européenne, 40 % des allégations environnementales et sociales diffusées en ligne ne reposent sur aucune preuve vérifiable, et la moitié des labels écologiques offre une vérification faible ou inexistante. Ces chiffres expliquent l'urgence du législateur.
Le calendrier à retenir :
- 27 mars 2026 : date limite de transposition de la directive dans les droits nationaux des États membres de l'UE
- 27 septembre 2026 : date d'application effective, au-delà de cette date, toute communication non conforme expose l'entreprise à des sanctions
La directive s'applique à toute entreprise qui communique en B2C dans l'Union européenne, quelle que soit sa taille : TPE, PME, ETI et grands groupes sont tous concernés. Les secteurs les plus exposés sont l'aérien, les biens de grande consommation, le textile et l'agroalimentaire, mais aucune industrie n'est épargnée.
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Où en est la transposition de la directive ECGT en France ?
L'échéance du 27 mars 2026 pour transposer la directive ECGT dans le droit français est passée sans qu'un texte de loi ait été adopté. Le 28 mai 2026, la Commission européenne a adressé une mise en demeure à la France, ainsi qu'à 19 autres États membres, pour non-transposition dans les délais. La France dispose de deux mois pour répondre ; à défaut de réponse satisfaisante, la Commission peut émettre un avis motivé, puis saisir la Cour de justice de l'Union européenne.
En France, la transposition doit intervenir via les articles 20 et 21 du projet de loi n° 118 (2025-2026), dit « DDADUE »(diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne). L'article 20 modifie le Code de la consommation pour créer treize nouvelles infractions liées aux allégations environnementales trompeuses et encadrer les labels de développement durable certifiés par un tiers indépendant ; l'article 21 modifie le Code de l'environnement sur la neutralité carbone et les mentions « biodégradable ». Le texte a été adopté par le Sénat le 18 février 2026, puis transmis à l'Assemblée nationale le 20 février 2026, où il est toujours en première lecture à ce jour, sans qu'un vote y ait encore eu lieu. (Pour suivre ce texte et ses implications plus larges, consultez notre guide complet sur la loi DDADUE.)
Ce vide juridique ne signifie pas une absence de risque. Deux points à retenir :
- Le droit français actuel permet déjà d'agir. Les règles sur les pratiques commerciales trompeuses (article L. 121-2 et suivants du Code de la consommation) s'appliquent indépendamment de la transposition de l'ECGT. La DGCCRF n'a pas attendu la nouvelle directive pour sanctionner des allégations environnementales infondées, comme le montre le cas Shein détaillé plus bas.
- L'échéance européenne du 27 septembre 2026 reste fixée. Même sans loi française en vigueur à cette date, les entreprises qui exportent ou communiquent dans d'autres pays de l'UE ayant transposé la directive devront s'y conformer. Et un retard de transposition en France n'empêchera pas un alignement rapide du droit national une fois le texte adopté, souvent avec effet resserré dans le temps pour les entreprises qui n'auraient pas anticipé.
En clair : attendre la loi française avant d'agir est le pari le plus risqué. Le cadre européen, les précédents jurisprudentiels et le droit de la consommation déjà en vigueur suffisent à exposer une entreprise dès aujourd'hui.
Ce que la directive ECGT interdit concrètement
La directive ECGT pose quatre grandes interdictions qui modifient en profondeur les pratiques de communication environnementale.
- Les allégations environnementales génériques sans preuve Les mentions du type « vert », « éco », « respectueux de l'environnement », « durable » ou « naturel » ne sont plus autorisées à titre générique. Elles doivent être étayées par des preuves spécifiques, mesurables et vérifiables. Affirmer qu'un produit est « écologique » sans données chiffrées à l'appui constitue désormais une pratique commerciale déloyale.
- Les allégations de neutralité carbone fondées uniquement sur la compensation Un point particulièrement structurant : se déclarer « neutre en carbone » ou « carbon neutral » en s'appuyant exclusivement sur des mécanismes d'offset (achat de crédits carbone) sera considéré comme trompeur. Les entreprises devront distinguer clairement leurs réductions d'émissions réelles de leurs mesures de compensation, et communiquer séparément sur ces deux leviers.
- Les labels de durabilité non reconnus Seuls les labels de type I au sens de la norme ISO 14024, c'est-à-dire ceux qui font l'objet d'une vérification indépendante par un tiers accrédité, seront autorisés. Parmi les exemples validés : l'Ecolabel européen, B Corp, EcoVadis. Les labels créés par les entreprises elles-mêmes seront soumis à des exigences strictes de justification.
- La présentation de conformités obligatoires comme avantages distinctifs Il ne sera plus acceptable de mettre en avant le simple respect d'une norme légalement obligatoire (par exemple une réglementation européenne sur les emballages) comme s'il s'agissait d'un engagement environnemental volontaire. La conformité à la loi n'est pas un avantage concurrentiel au regard de l'ECGT.
- Les sanctions encourues sont significatives. Au niveau européen, la non-conformité expose à une amende pouvant atteindre 4 % du chiffre d'affaires annuel dans le pays membre concerné. En France, le droit existant prévoit déjà des sanctions pénales : l'article L. 132-2 du Code de la consommation punit le greenwashing de 2 ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende, et la Loi Climat et Résilience prévoit une amende spécifique de 100 000 € pour les allégations de neutralité carbone non conformes.
Ces nouvelles exigences de preuve sur la communication environnementale sont à mettre en perspective avec le futur Passeport Numérique Produit, qui imposera une documentation structurée de l'impact produit à l'échelle européenne.
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Cas concret : la sanction Shein, un avant-goût de ce qui attend les entreprises
Le 3 juillet 2025, la DGCCRF a annoncé une amende de 40 millions d'euros à l'encontre de Shein pour plusieurs pratiques commerciales trompeuses. Parmi les griefs retenus : l'enseigne communiquait sur son engagement en tant qu'« entreprise responsable », affirmant avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 25 %, sans être en mesure de justifier cette allégation auprès des enquêteurs.
Comment mettre votre communication RSE en conformité avant le 27 septembre 2026
La mise en conformité n'est pas une opération ponctuelle de nettoyage : c'est un chantier structuré qui mobilise à la fois les équipes marketing, communication, juridique et RSE. Voici la méthode à déployer.
Étape 1. Réaliser un diagnostic complet
La première étape consiste à cartographier l'ensemble des allégations environnementales présentes dans vos supports de communication : site web, packaging, publicités, réseaux sociaux, présentations commerciales. Chaque allégation doit être évaluée au regard des quatre critères de la directive : est-elle spécifique ? mesurable ? vérifiable par un tiers ? fondée sur des preuves documentées ?
Ce diagnostic permet d'identifier les messages à risque, ceux qui exposent l'entreprise à des sanctions, et les labels mobilisés dont la légitimité doit être vérifiée.
Étape 2. Constituer les preuves manquantes
Pour les allégations que vous souhaitez conserver, vous devez rassembler ou produire des preuves environnementales crédibles : bilan carbone, analyse de cycle de vie (ACV), données sur les émissions évitées, certifications tierces. Cette étape peut révéler la nécessité de lancer des études complémentaires — à anticiper en termes de délai.
Étape 3. Reformuler et mettre en place une gouvernance durable
Les messages qui ne peuvent pas être prouvés doivent être reformulés ou supprimés. Mais au-delà de la correction ponctuelle, c'est un processus de validation systématique qu'il faut instaurer : qui valide une allégation environnementale avant publication ? Selon quels critères ? Avec quelle documentation ? Cette gouvernance interne est la garantie que la conformité se maintient dans le temps.
Quelques exemples de reformulation : passer de la promesse à la preuve
Principe général à retenir : toute allégation doit pouvoir répondre à la question « avec quelle preuve, mesurée par qui, et vérifiable où ? » en moins de deux phrases. Si la réponse est vague, l'allégation doit être reformulée ou supprimée.
Étape 4. Former les équipes
Les équipes marketing et communication sont en première ligne. Elles doivent intégrer les nouveaux réflexes : passer de la promesse à la preuve, savoir quels labels sont autorisés, comprendre ce qui constitue une allégation générique prohibée. La formation n'est pas optionnelle, elle est le socle de la durabilité du dispositif.
L'accompagnement par des experts spécialisés, en RSE, droit de la consommation et communication responsable, permet d'accélérer ce processus et de sécuriser les décisions dans un contexte réglementaire encore en cours d'interprétation au niveau national.
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