Article mis à jour le 2 octobre 2026.
Depuis le 27 septembre 2026, la directive européenne ECGT (2024/825) doit s'appliquer à toutes les entreprises qui communiquent auprès des consommateurs. La France ne l'a pourtant toujours pas transposée. Les nouvelles interdictions ne sont donc pas encore sanctionnables en tant que telles, mais le greenwashing reste lourdement puni par le droit français actuel. Voici où l'on en est, ce que vous risquez réellement et comment mettre votre communication en conformité dès maintenant.
Qu'est-ce que la directive ECGT et pourquoi elle change tout
La directive ECGT, officiellement désignée sous la référence Directive (UE) 2024/825, est un texte juridique européen adopté en février 2024. Son nom complet, Empowering Consumers for the Green Transition, dit déjà l'essentiel : remettre le consommateur au centre d'une information environnementale fiable.
Concrètement, la directive modifie deux textes fondateurs du droit européen de la consommation : la directive sur les pratiques commerciales déloyales (2005/29/CE) et la directive sur les droits des consommateurs (2011/83/UE). Elle s'inscrit dans une tendance réglementaire de fond : après la CSRD sur le reporting extra-financier et la directive sur les allégations environnementales (Green Claims Directive, en cours de finalisation), l'Union européenne construit pièce par pièce un cadre cohérent contre le greenwashing.
Le contexte factuel est sans appel : selon la Commission européenne, 40 % des allégations environnementales et sociales diffusées en ligne ne reposent sur aucune preuve vérifiable, et la moitié des labels écologiques offre une vérification faible ou inexistante. Ces chiffres expliquent l'urgence du législateur.
Deux échéances:
- 27 mars 2026 : date limite de transposition de la directive dans les droits nationaux des États membres de l'UE
- 27 septembre 2026 : date d'application effective, au-delà de cette date, toute communication non conforme expose l'entreprise à des sanctions
Qui est concerné ? Toute entreprise qui communique auprès de consommateurs (B2C) dans l'UE, de la TPE au grand groupe, sur tous les supports : site web, emballages, réseaux sociaux, publicités.
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Où en est la transposition de la directive ECGT en France ?
L'échéance du 27 mars 2026 pour transposer la directive ECGT dans le droit français est passée sans qu'un texte de loi ait été adopté. Le 28 mai 2026, la Commission européenne a adressé une mise en demeure à la France, ainsi qu'à 19 autres États membres, pour non-transposition dans les délais. La France dispose de deux mois pour répondre ; à défaut de réponse satisfaisante, la Commission peut émettre un avis motivé, puis saisir la Cour de justice de l'Union européenne.
En France, la transposition doit intervenir via les articles 20 et 21 du projet de loi n° 118 (2025-2026), dit « DDADUE »(diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne). L'article 20 modifie le Code de la consommation pour créer treize nouvelles infractions liées aux allégations environnementales trompeuses et encadrer les labels de développement durable certifiés par un tiers indépendant ; l'article 21 modifie le Code de l'environnement sur la neutralité carbone et les mentions « biodégradable ». Le texte a été adopté par le Sénat le 18 février 2026, puis transmis à l'Assemblée nationale le 20 février 2026, où il est toujours en première lecture à ce jour, sans qu'un vote y ait encore eu lieu. (Pour suivre ce texte et ses implications plus larges, consultez notre guide complet sur la loi DDADUE.)
Que risque-t-on aujourd'hui ?
Les nouvelles interdictions ne s'appliquent pas encore en France, mais le greenwashing y est déjà sanctionné. Attendre le vote de la loi n'a donc aucun intérêt.
Ce qui n'est pas encore opposable
Une directive non transposée ne peut pas être invoquée par l'État contre une entreprise, en particulier en matière pénale (CJCE, Kolpinghuis Nijmegen, 1987). Les 12 nouvelles pratiques ajoutées à la « liste noire » européenne ne sont donc pas encore sanctionnables en tant que telles en France.
Ce qui est déjà sanctionné
- Pratiques commerciales trompeuses (art. L121-2 du Code de la consommation) : une allégation environnementale fausse, ambiguë ou non justifiée est déjà interdite. La peine va jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende pour une personne physique, et 1,5 million d'euros pour une personne morale. L'amende peut être portée à 10 % du chiffre d'affaires annuel moyen, ou à 80 % des dépenses de la campagne lorsque l'allégation est environnementale.
- Allégations de « neutralité carbone » (loi Climat et résilience) : elles sont déjà encadrées en France depuis 2023. Leur non-respect est puni d'une amende pouvant atteindre 100 000 €, voire le montant total de la campagne.
- Des contrôles renforcés : en 2023-2024, la DGCCRF a contrôlé plus de 3 000 établissements et prononcé plus de 70 amendes ou procès-verbaux. Elle a signé en 2026 un protocole de coopération avec l'ADEME pour cibler les allégations environnementales.
Pourquoi anticiper quand même
- La loi DDADUE peut être votée à tout moment. Les nouvelles règles s'appliqueront alors sans délai supplémentaire.
- Les juges interprètent déjà le droit français « à la lumière » de la directive. Une allégation que la directive interdit sera difficile à défendre comme « non trompeuse ».
- Les concurrents et les associations de consommateurs peuvent agir en justice, sans attendre la DGCCRF.
- Vos clients, vos partenaires et vos campagnes dans d'autres pays de l'UE sont soumis aux règles des États qui ont déjà transposé.
Ce que la directive ECGT interdit concrètement
La directive ECGT pose quatre grandes interdictions qui modifient en profondeur les pratiques de communication environnementale.
- Les allégations environnementales génériques sans preuve. Les mentions du type « vert », « éco », « respectueux de l'environnement », « durable » ou « naturel » ne sont plus autorisées à titre générique. Elles doivent être étayées par des preuves spécifiques, mesurables et vérifiables. Affirmer qu'un produit est « écologique » sans données chiffrées à l'appui constitue désormais une pratique commerciale déloyale.
- Les allégations de neutralité carbone fondées uniquement sur la compensation. Un point particulièrement structurant : se déclarer « neutre en carbone » ou « carbon neutral » en s'appuyant exclusivement sur des mécanismes d'offset (achat de crédits carbone) sera considéré comme trompeur. Les entreprises devront distinguer clairement leurs réductions d'émissions réelles de leurs mesures de compensation, et communiquer séparément sur ces deux leviers.
- Les labels de durabilité non reconnus. Un label doit reposer sur un système de certification vérifié par un tiers indépendant, ou avoir été créé par une autorité publique. Les labels « maison » sans contrôle externe sont interdits. L'Ecolabel européen, créé par l'Union européenne, répond à ces exigences. Pour les autres labels, c'est à leurs organismes de se mettre en conformité : avant d'en afficher un, vérifiez qu'il l'a fait.
- La présentation de conformités obligatoires comme avantages distinctifs. Il ne sera plus acceptable de mettre en avant le simple respect d'une norme légalement obligatoire (par exemple une réglementation européenne sur les emballages) comme s'il s'agissait d'un engagement environnemental volontaire. La conformité à la loi n'est pas un avantage concurrentiel au regard de l'ECGT.
- Les sanctions encourues sont significatives. Au niveau européen, la non-conformité expose à une amende pouvant atteindre 4 % du chiffre d'affaires annuel dans le pays membre concerné. En France, le droit existant prévoit déjà des sanctions pénales : l'article L. 132-2 du Code de la consommation punit le greenwashing de 2 ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende, et la Loi Climat et Résilience prévoit une amende spécifique de 100 000 € pour les allégations de neutralité carbone non conformes.
Ces nouvelles exigences de preuve sur la communication environnementale sont à mettre en perspective avec le futur Passeport Numérique Produit, qui imposera une documentation structurée de l'impact produit à l'échelle européenne.
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Cas concret : « neutre en carbone » et « 100 % recyclé » condamnés
Le 23 juin 2026, le tribunal judiciaire de Paris a condamné un producteur d'eau en bouteille pour pratiques commerciales trompeuses (RG n° 21/13092), à la demande de l'association de consommateurs CLCV. En cause, deux allégations sur ses bouteilles :
- « Neutre en carbone » / « Certifiée neutre en carbone » : l'entreprise n'expliquait pas assez comment elle réduisait ses émissions, ni quelle part reposait sur la compensation.
- « 100 % recyclé » : l'allégation était inexacte, les bouteilles ne contenant qu'une partie de matière recyclée.
L'entreprise doit verser 75 000 € de dommages et intérêts au titre du préjudice collectif des consommateurs. Elle doit aussi publier le jugement pendant six mois sur son site, avec un lien depuis la page d'accueil.
Ce que ce jugement nous apprend : il est fondé sur le Code de la consommation actuel, mais le tribunal s'est appuyé sur la directive 2024/825, pourtant non transposée, pour confirmer l'exigence de transparence sur la neutralité carbone. C'est exactement l'effet d'anticipation décrit plus haut : la directive influence déjà les juges. Notez aussi que la plainte venait d'une association, et non de la DGCCRF.
Comment mettre votre communication RSE en conformité dès maintenant
La mise en conformité n'est pas une opération ponctuelle de nettoyage : c'est un chantier structuré qui mobilise à la fois les équipes marketing, communication, juridique et RSE. Voici la méthode à déployer.
Étape 1. Réaliser un diagnostic complet
La première étape consiste à cartographier l'ensemble des allégations environnementales présentes dans vos supports de communication : site web, packaging, publicités, réseaux sociaux, présentations commerciales. Chaque allégation doit être évaluée au regard des quatre critères de la directive : est-elle spécifique ? mesurable ? vérifiable par un tiers ? fondée sur des preuves documentées ?
Ce diagnostic permet d'identifier les messages à risque, ceux qui exposent l'entreprise à des sanctions, et les labels mobilisés dont la légitimité doit être vérifiée.
Étape 2. Constituer les preuves manquantes
Pour les allégations que vous souhaitez conserver, vous devez rassembler ou produire des preuves environnementales crédibles : bilan carbone, analyse de cycle de vie (ACV), données sur les émissions évitées, certifications tierces. Cette étape peut révéler la nécessité de lancer des études complémentaires — à anticiper en termes de délai.
Étape 3. Reformuler et mettre en place une gouvernance durable
Les messages qui ne peuvent pas être prouvés doivent être reformulés ou supprimés. Mais au-delà de la correction ponctuelle, c'est un processus de validation systématique qu'il faut instaurer : qui valide une allégation environnementale avant publication ? Selon quels critères ? Avec quelle documentation ? Cette gouvernance interne est la garantie que la conformité se maintient dans le temps.
Quelques exemples de reformulation : passer de la promesse à la preuve
Principe général à retenir : toute allégation doit pouvoir répondre à la question « avec quelle preuve, mesurée par qui, et vérifiable où ? » en moins de deux phrases. Si la réponse est vague, l'allégation doit être reformulée ou supprimée.
Étape 4. Former les équipes
Les équipes marketing et communication sont en première ligne. Elles doivent intégrer les nouveaux réflexes : passer de la promesse à la preuve, savoir quels labels sont autorisés, comprendre ce qui constitue une allégation générique prohibée. La formation n'est pas optionnelle, elle est le socle de la durabilité du dispositif.
L'accompagnement par des experts spécialisés, en RSE, droit de la consommation et communication responsable, permet d'accélérer ce processus et de sécuriser les décisions dans un contexte réglementaire encore en cours d'interprétation au niveau national.
Faites le point sur vos allégations avant le vote de la loi
Les règles peuvent entrer en vigueur en France à tout moment, et le droit actuel sanctionne déjà le greenwashing. R3 vous accompagne pour faire l'inventaire de vos allégations environnementales, identifier celles qui présentent un risque et les reformuler sur des bases solides.
Webinaire R3 - PME ET ETI : comment obtenir une bonne note EcoVadis et valoriser votre RSE auprès de vos donneurs d'ordre ?
EcoVadis est l'un des labels reconnus par la directive ECGT. Mais obtenir une bonne note ne s'improvise pas : critères d'évaluation, axes de progression, valorisation auprès des acheteurs… nos experts font le tour de la question.










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