Comprendre le SBTi et ses enjeux en 2026
1. Qu'est-ce que le SBTi, concrètement ?
Le SBTi (Science Based Targetsinitiative) peut être perçu comme une déclinaison, à l'échelle de l'entreprise, de l'Accord de Paris : c'est un cadre méthodologique qui aide les entreprises à fixer des objectifs de réduction de gaz à effet de serre alignés sur les recommandations du GIEC. Il est piloté par un partenariat entre le CDP, le UNGlobal Compact, le World Resources Institute et le WWF. Concrètement, il transforme un engagement climat général en trajectoire chiffrée et datée, vérifiée par un organisme tiers.
2. Pourquoi le SBTi est-il devenu incontournable ?
Début 2026, plus de 10 000 entreprises avaient fait valider leurs objectifs auprès du SBTi, représentant plus de 40 % de la capitalisation boursière mondiale. Ce succès s'explique par la pression croissante des investisseurs, des clients et des réglementations comme la CSRD, qui demandent des engagements climat crédibles et comparables.
La CSRD est incontournable pourles entreprises mais elle n'impose pas, en tant que telle, de prendre un engagement climat ou de type SBTi. Pour le moment, elle repose plutôt sur une logique de transparence et de volontariat : si l'entreprise a déjà pris un engagement, elle doit le documenter dans son rapport de durabilité ; si elle n'en a pas, elle doit expliquer pourquoi. C'est cette exigence de transparence qui pousse de nombreuses entreprises vers le SBTi, afin de donner un contenu concret à leur communication climat. Il est important de noter que le cadre de la CSRD s’élargit progressivement, devenant une contrainte réglementaire pour de plus en plus d’entreprises. La prochaine évolution sera le 1er janvier 2027, et concernera les ETI non côtées qui ont plus de 1 000 employés et qui réalisent un chiffre d’affaire supérieur à 450 millions d’euro.
3. Le SBTi a-t-il traversé une crise de confiance ?
Oui. En 2024, le SBTi a envisagé d'autoriser plus largement les crédits carbone pour atteindre les objectifs de scope 3, une annonce jugée contraire aux recommandations scientifiques. La controverse a entraîné le départ du directeur général et le retrait d'un financeur important, le Bezos Earth Fund. Depuis, l'initiative a engagé une refonte complète de son standard pour restaurer sa crédibilité.
4. Que change la nouvelle version du standard SBTi ?
Le 11 juin 2026, le SBTi a publié la version finale de son Corporate Net-Zero Standard 2.0. Elle ne se limite plus à valider un niveau d'ambition : elle exige désormais un plan de mise en œuvre documenté, une gouvernance claire et des données vérifiables. La question n'est plus seulement « l'objectif est-il aligné sur la science ? », mais « l'entreprise a-t-elle les moyens de le tenir ? ».
Un point de calendrier à bien avoir en tête : ce plan de transition n'est pas un préalable à la validation, mais une conséquence. Il n'est exigé que dans les six mois qui suivent la validation des objectifs. Ainsi, une entreprise fixe d’abord la trajectoire cible, puis elle construit le plan permettant de l’atteindre.
Mettre en œuvre une trajectoire SBTi dans son entreprise
5. Mon entreprise doit-elle absolument passer par le SBTi ?
Non, ce n'est pas une obligation légale. Mais de nombreux appels d'offres, banques et donneurs d'ordre l'exigent ou le valorisent désormais fortement. Il existe par ailleurs plusieurs alternatives reconnues au SBTi, selon la taille et le secteur de l'entreprise.
En France, les entreprises peuvent s'appuyer sur la SNBC (Stratégie Nationale Bas-Carbone) pour structurer leur trajectoire. Au niveau international, la Net Zero Initiative (NZI) propose un cadre alternatif. Pour les plus petites structures, le SME Climate Hub offre un parcours dédié et simplifié. Enfin, plusieurs secteurs disposent de leurs propres alliances spécialisées, c'est notamment le cas de la finance, avec des initiatives sectorielles propres aux institutions financières. Il reste également possible de s'appuyer sur la méthodologie SBTi pour construire une trajectoire climat crédible, sans engagement officiel auprès de l'initiative.
6. Quelles sont les grandes étapes du processus de validation ?
Le parcours SBTi se déroule en cinq étapes :
- l'engagement
- la définition des objectifs
- la validation par les équipes techniques du SBTi
- la communication publique de la cible
- le pilotage annuel de la trajectoire
Comptez généralement entre 12et 24 mois entre le lancement du projet et la validation officielle, selon la maturité de l'inventaire de gaz à effet de serre de départ.
Un point de vigilance méthodologique : le SBTi ne s'appuie pas sur un Bilan Carbone® au sens français du terme, mais exige un inventaire de gaz à effet de serre construit selon la méthodologie du GHG Protocol. Les deux démarches ne sont pas strictement équivalentes, notamment sur le périmètre de consolidation et le traitement du scope 3. Il vaut mieux donc le vérifier avant de considérer qu'un bilan carbone existant suffit pour candidater.
7. Combien coûte une validation SBTi pour une PME ou une ETI ?
Les frais de validation SBTi restent encadrés : environ 1 150 € HT pour la voie PME simplifiée, environ 8 800 € HT pour un objectif near-term seul, et 13 000 à 15 000 € HT pour un forfait combiné near-term et net-zéro. À cela s'ajoute l'accompagnement d'un bureau d'études pour structurer la baseline scope 3 et rédiger le dossier, généralement compté entre 15 000 et 40 000 € HT.
Les frais de validation SBTi ne sont pas « encadrés » au sens réglementaire : il s'agit simplement du barème officiel de validation publié par SBTi Services, qui a évolué en octobre 2025 (version6.1).
Pour la voie PME simplifiée, le tarif est d'environ 1 250 € pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est inférieur à 5 millions d'euros, et d'environ 2 000 € au-delà de ce seuil. Pour un objectif near-term seul, comptez entre 13 000 et 26 000 € selon la taille de l'entreprise (20 000 à 50 000 € pour les institutions financières).
À cela peut s'ajouter l'accompagnement d'un bureau d'études pour structurer la baseline scope 3 et rédiger le dossier de soumission, généralement compté entre 15 000 et 40 000 € HT. Cet accompagnement n'est pas obligatoire, mais il est fortement conseillé tant le processus de validation est technique et documenté.
8. Que se passe-t-il si l'entreprise n'atteint pas ses objectifs ?
Le SBTi impose une revue de performance formelle tous les cinq ans, portant à la fois sur les émissions de l'année de référence et sur celles de l'année cible, avec la possibilité de contrôles inopinés entre deux cycles pour prévenir le greenwashing, ou écoblanchiment pour la version française.
Avec la version 2.0, les conséquences d'un retard sont mieux définies. Si les objectifs ne sont pas atteints, l'entreprise doit en expliquer les raisons ; et ses objectifs suivants devront tenir compte de ce retard, ce qui les rendra de facto plus exigeants pour rattraper la trajectoire. Le plan stratégique 2026-2030, publié le 21 mai 2026, marque d'ailleurs un tournant : le SBTi veut passer du rôle de simple « fixeur d'ambition » à celui de « partenaire de transformation », avec un traitement dédié aux entreprises en retard sur leur trajectoire et de nouveaux services de conseil.
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Anticiper les échéances 2026-2027
9. Faut-il attendre la version 2.0 pour se lancer ?
Non, il est recommandé d'agirdès maintenant. Les entreprises peuvent encore soumettre leurs objectifs de court terme selon la version 1.3.1 du standard jusqu'en février 2028 : passée cette date, seule la version 2.0 pourra être utilisée pour toute nouvelle soumission.
À l'inverse, la version 2.0 n'entrera elle-même en vigueur que le 1er février 2027 : aucune validation sous ce nouveau référentiel n'est possible avant cette date. Quant aux objectifs déjà fixés et validés sous la version 1, ils restent pleinement valides jusqu'à leur révision, prévue cinq ans après la validation initiale.
En revanche, pour celles qui ne le sont pas encore et qui seront concernées par l'extension du périmètre de la CSRD, mieux vaut ne pas attendre l'échéance de 2027 pour s'y préparer : c'est dès maintenant qu'il faut commencer à rassembler ses données d'émissions, structurer un inventaire GES conforme au GHG Protocol et clarifier sa gouvernance climat interne, autant de prérequis qui conditionneront la rapidité d'une future soumission, quelle que soit la version du standard retenue.
10. Qu'est-ce qui change le plus concrètement avec la version 2.0 ?
Trois nouveautés structurent la version 2.0. D'abord, une classification des entreprises en catégorie A (grandes et moyennes entreprises de pays à revenu élevé) et catégorie B (PME de pays à faible revenu), avec des exigences proportionnées aux moyens de chacune. Ensuite, une vérification obligatoire des données de l'année de référence par un tiers indépendant avant toute validation. Enfin, l'introduction de l'Ongoing Emissions Responsibility (OER), un cadre plus strict pour encadrer le recours aux instruments de marché et aux crédits carbone, qui ne pourront jamais se substituer à la réduction réelle des émissions.
Au-delà du plan de transition évoqué plus haut, la version 2.0 s'appuie sur plusieurs mécanismes concrets :
- Une classification des entreprises en catégorie A ou B, avec des exigences proportionnées aux moyens de chacune.
La catégorie A regroupe les grandes entreprises (chiffre d'affaires ≥ 450 M€ et effectif ≥ 1000 ETP), ainsi que les ETI, grosses PME et les entreprises fortement émissives situées dans des pays à revenu élevé (classification Banque mondiale). Dès lors qu'elles émettent au moins 10 000 tCO2e sur les scopes 1 et 2, ou qu'elles remplissent au moins deux des trois critères suivants :
- revenus ≥ 25 M€
- chiffre d'affaires ≥ 50 M€
- effectif ≥ 250 ETP.
La catégorie B regroupe toutes les autres entreprises : petites et moyennes PME des pays à revenu élevé, ainsi que l'ensemble des PME des pays à revenu moyen ou faible.
- Une vérification indépendante obligatoire des données d'émissions, portant à la fois sur l'année de référence (avant validation) et sur l'année cible (lors de la revue de performance).
- Un encadrement renforcé du recours aux instruments de marché et aux crédits carbone, via l'Ongoing Emissions Responsibility (OER), qui ne pourront jamais se substituer à la réduction réelle des émissions.
- Un scope 2 plus exigeant : les entreprises devront viser -100 % d'émissions liées à l'électricité d'ici 2040, ou s'approvisionner à 100 % en électricité renouvelable.
- Pour le scope 1, la possibilité nouvelle de s'appuyer sur un plan de décarbonation des actifs plutôt que sur une trajectoire uniquement globale. Une flexibilité utile pour les entreprises aux actifs industriels de longue durée de vie.
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