Tout au long de leurs chaînes de valeur, les entreprises multiplient les interfaces avec le vivant : ces lieux de rencontre entre activité humaine et nature, qu'il s'agisse des sols exploités, des eaux prélevées ou des territoires traversés. À chacune de ces interfaces s'exercent des interactions : des impacts que les entreprises font peser sur la nature, mais aussi des dépendances envers elle, sources de risques comme d'opportunités pour la pérennité et le développement de leurs activités
Mais comment la biodiversité les impacte-t-elle concrètement ? Et que faire pour que la biodiversité se transforme en pilier de la stratégie des entreprises ?
1. Qu’est-ce que la biodiversité ?
Aujourd’hui, le terme de “biodiversité’ est employé sans modération, pour le meilleur et pour le pire. Revenons à la base. La biodiversité, c’est une photo globale de tout ce qui vit en nous, autour de nous, le vivant sous toutes ses formes.
On la définit à trois niveaux différents :
- La biodiversité génétique, c’est notamment elle qui permet aux organismes de s’adapter aux changements environnementaux plus ou moins brutaux qu’ils ont à traverser,
- La biodiversité spécifique qui structure les interactions entre chacune des espèces ;
- Et enfin la biodiversité écosystémique, celle qui assure les grands équilibres fonctionnels de notre biosphère.
2. Comment la biodiversité a-t-elle été peu à peu mise sur le devant de la scène ?
Le premier à utiliser le terme de biodiversité ou plus précisément de diversité biologique (biological diversity dans la langue de Shakespeare) serait un certain Raymond F. Dasmann en 1968.
Quelques années plus tard, en 1975, la “CITES”, acronyme de Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (les moins courageux lui préfèreront l’appelation de "Convention de Washington") permet de protéger plus de 40 000 espèces sauvages animales et végétales.
Viendront ensuite le sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 avec l'adoption de la Convention sur la diversité biologique (CDB) et plus proche de nous l’année 2010, année internationale de la biodiversité, conclue par la Conférence de Nagoya sur la biodiversité et sa proposition d’objectifs ambitieux via le protocole de Nagoya.
3. Quels sont les derniers chiffres de la biodiversité ?
Les rapports se suivent et se ressemblent. Le signal d’alarme qu’ils représentent, l’un après l’autre ne semble pas pour autant alerter les décideurs.
En 2012, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), un groupe d'experts intergouvernemental sur le modèle du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), a été lancée par le programme des Nations unies pour l'environnement pour conseiller les gouvernements sur cette thématique. La plateforme publiait le 6 mai 2019 un rapport crucial, l’Évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques, 1800 pages fruit d’un travail de trois ans mobilisant 150 scientifiques de 50 pays.
En février dernier, elle publiait cette fois un résumé de son premier rapport consacré aux liens entre entreprises et biodiversité à l’intention des décideurs, rapport éclairant les impacts et dépendances des entreprises vis-à-vis de la nature, ainsi que les risques économiques associés à la perte de biodiversité. Là encore, le travail est le fruit d’une collaboration de nombreux experts et a surtout été approuvé par plus de 150 États membres.
Parmi les rapports récents, il y a aussi celui du WWF datant de 2025. On y décèle quelques bonnes nouvelles, notamment le pourcentage de + 120 % correspondant à la croissance moyenne des populations d’espèces protégées depuis 1990 ou encore la France qui serait le 6ème pays au monde à abriter le plus grand nombre d’espèces menacées. De l’autre côté de l’échiquier, les chiffres indiquant l’ampleur du désastre ne manquent pas :
- 70% des haies ont disparu depuis 1950,
- 50% des zones humides ont été détruites en un siècle,
- 79% des forêts ont moins de 20 ans,
- ⅓ des espèces de raies, des requins, des mammifères marins, des stocks de poissons, sont menacés,
- Entre 1970 et 2020, la taille moyenne des populations d’animaux sauvages suivies a diminué de 73% dans le monde.
4. Quel est le rapport entre entreprises et biodiversité ?
Il est évident ! Selon Robert Barbault, spécialiste de la biodiversité, on ne peut aborder le sujet de la biodiversité indépendamment de notre présence sur Terre. Pour lui se pencher sur cette notion, c’est inéluctablement reconnaître “l’homme qui la menace, l'homme qui la convoite, l'homme qui en dépend pour un développement durable de ses sociétés.” Et qui dit “l’homme”, dit ses activités, dit ses entreprises, donc.
La biodiversité est ainsi essentielle au fonctionnement de nos activités économiques et cruciale pour notre survie et le développement durable, compétitif de nos entreprises. Autrement dit, le sujet de la biodiversité est une pelote de laine qui, en la tirant, laisse entrevoir comment on peut agir concrètement pour préserver son environnement, mais aussi ses ressources, la pérennité de son activité, le tout en répondant aux attentes croissantes des clients, des salariés et des partenaires.

5. Qu’appelle-t-on “services écosystémiques” ?
Dire que les entreprises ont un lien à la biodiversité est presque un euphémisme : elles en sont en réalité profondément dépendantes. Selon la BCE, 72% des entreprises dépendent directement de la biodiversité.
Pour l’illustrer, abordons le concept de “service écosystémique”. Une définition admise officiellement et relativement simple nous est donnée par l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (EM) : “les bénéfices que les humains retirent des écosystèmes.” A l’échelle mondiale, le poids moyen des services écosystémiques est entre 125 000 et 140 000 milliards de dollars.
6. Quelles sont les entreprises qui ouvrent la voie ?
Certaines entreprises, de par leurs activités, sont les premières à être confrontées à l’érosion de la biodiversité. Elles deviennent ainsi des pionnières dans la prise en compte de la biodiversité dans leur modèle d’affaires et tentent aujourd’hui d’intégrer la thématique à leurs stratégies. Parmi elles, on peut citer :
- Certaines entreprises des secteurs sensibles en matière d’accès aux ressources naturelles et au maintien des écosystèmes comme le commerce, la mode, l'aménagement, les transports, l’immobilier, le tourisme, la cosmétique ou encore l’agroalimentaire. L’entreprise Patagonia fait partie des modèles en la matière, elle organise notamment des journées de nettoyage des plages et des rivières, soutient des projets de reforestation et de conservation des habitats naturels, et mène même des campagnes de sensibilisation pour encourager un mode de vie plus respectueux de la planète.
- Les entreprises dites “Climate Advanced” qui proposent des solutions de rupture pour réduire les émissions, produire de l'énergie propre et qui maîtrisent leur chaîne d’approvisionnement. Citons sur ce point la SBTN (Science Based Targets Network), une initiative fondée en 2019 et menée par des représentants scientifiques et de la société civile pour définir collectivement les approches que les entreprises et les villes devraient mettre en œuvre pour maintenir le système Terre dans ses limites écologiques et répondre aux besoins de la société.
- Les entreprises qui suivent des directives renforçant les considérations écologiques et sociales dans leur stratégie. Parmi elles, la CSRD, ou “Corporate sustainability reporting directive” est une directive européenne adoptée en 2022 obligeant les entreprises à publier des informations sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance. Ces normes s’inscrivent dans le Pacte vert pour l’Europe qui vise la neutralité carbone en 2050. Parmi ces normes, citons l’ESRS E4 qui se concentre sur l’impact de l’ensemble des différentes activités de l’entreprise et de sa chaîne de valeur sur la biodiversité et les écosystèmes. Notons à ce propos que la directive Omnibus de la Commission européenne prévoit malheureusement de revenir sur des avancées cruciales en matière de protection des droits humains, de l’environnement et du climat.
7. Quelle mise en pratique ?
En matière de biodiversité, mettre le pied à l’étrier passe souvent par le Bilan Biodiversité. C’est non seulement une manière efficace de réaliser un état des lieux mais aussi de conscientiser que cet enjeu est stratégique pour l’entreprise et de faciliter l’intégration des enjeux liés à la biodiversité dans les décisions économiques et financières de l’entreprise. Le bilan Biodiversité se décline en plusieurs grandes étapes :
1) Une étape pour sensibiliser et embarquer en interne,
2) Une étape pour rassembler les données qui permettront notamment de préciser les impacts,
3) Une étape pour identifier et comprendre les multiples dépendances qui existent, les impacts positifs et négatifs de son entreprise ainsi que les risques et opportunités qui existent tout au long de la chaîne de valeur,
4) Une étape pour prendre conscience et mesurer l’impact de la biodiversité sur son modèle d’affaires, que cet impact soit financier ou non,
5) Une étape pour amorcer la réorientation des activités vers des produits ou services respectueux de la biodiversité,
6) Une étape pour construire un plan d’action pragmatique, cadré par des indicateurs de suivi précis et quantifiables et évalué par une mesure d’impact,
7) Une dernière étape permettant de valoriser les premières réalisations et premiers impacts positifs auprès des parties prenantes et partenaires financiers. Cette dernière phase peut également être l’occasion d’intégrer les données analysées dans les rapports RSE, CSRD et de s’engager dans des programmes et labels reconnus.
8. Pourquoi la biodiversité est une aubaine stratégique pour l’entreprise ?
Non, la biodiversité n’est pas un caillou dans la chaussure de l’entreprise. Elle est non seulement une étape inévitable de tout développement de son activité mais qui plus est un potentiel atout stratégique qui provoquera la transformation de votre organisation et permettra même de développer des synergies avec les acteurs de votre secteur à travers des labels et consortiums etc. Mais alors comment faire de la biodiversité un atout stratégique ? Différentes voies existent et sont complémentaires.
Parmi elles, le bilan Biodiversité dont on a parlé à la question précédente est une occasion de prendre du recul sur l’ensemble de la chaîne de valeur et de définir un plan d’action clair. Pour cela, il existe des méthodologies comme celle baptisée “LEAP” (Locate, Evaluate, Assess, Prepare) par la Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD). Son cadre international vise à aider les entreprises à identifier et évaluer leurs risques et opportunités liés à la biodiversité.
La Stratégie Biodiversité permet ainsi de s’aligner avec un cadre fondé en 2019 par différentes organisations (CDP, World Resources Institute, WWF, Pacte mondial des Nations unies, Conservation International, du PNUE-WCMC et du Forum économique mondial), le SBTN ou Science Based Targets Network. Cette initiative menée par des représentants scientifiques et de la société civile définit collectivement les approches que les entreprises et les villes devraient mettre en œuvre pour maintenir le système Terre dans ses limites écologiques et répondre aux besoins de la société.
Citons également d’autres leviers permettant de faire de la biodiversité un atout stratégique : le Pack Formation permettant de comprendre les enjeux biodiversité, le reporting CSRD déjà mentionné plus haut. La brique essentielle qui englobera ces différents axes reste une communication impactante et mettant en lumière ses engagements en faveur de la biodiversité.

9. Où trouver des exemples inspirants d’intégration des enjeux biodiversité dans son activité ?
Partout ! Ou presque. De plus en plus d’entreprises parviennent à faire de la biodiversité une opportunité plutôt qu’une contrainte. Les histoires sont nombreuses et enthousiasmantes.
C’est le cas de Truffaut, acteur majeur de la jardinerie dont le bilan Biodiversité de l’ensemble de la chaîne de valeurs a permis de mettre en place un parcours de formation des équipes aux sujets biodiversité, une analyse des interfaces avec la nature, en prenant en compte à la fois les opérations propres et la chaîne d'approvisionnement et une évaluation des impacts et dépendances en lien avec les enjeux de biodiversité.
C’est aussi le cas d’un acteur de la cosmétique dont la revue critique de son processus de sélection des matières premières a permis une définition des filières de ressources naturelles stratégiques pour l’entreprise, la réalisation d’un référentiel de durabilité des matières premières avec focus sur les critères biodiversité afin d’orienter les décisions de formulation et d’approvisionnement.
Il y a également le cas de la caisse régionale du Crédit Agricole Île-de-France qui mène un bilan biodiversité global, incluant ses opérations, financements et investissements. Le résultat est à la hauteur des attentes et permet notamment l’identification d’indicateurs de mesure de l’empreinte Biodiversité des investissements et financements et la construction d'un plan d'action pour la réduction des impacts et risques en lien avec la biodiversité.
Citons également Wipsea, une start-up de recensement écologique qui se lance dans un bilan biodiversité et la rédaction de son rapport d’impact sur la biodiversité. Par là, elle analyse ses interfaces avec la nature, ses impacts et dépendances en lien avec les enjeux de biodiversité et surtout cette start-up, grâce au rapport, peut valoriser pleinement ses résultats.
10. Quand faut-il se jeter à l’eau ?
Quand vous aurez terminé de lire cet article par exemple ? Vous saurez qu’il se termine lorsque votre lecture rencontrera une citation d’une célèbre écoféministe indienne : “Nous devons avoir une approche quantique et globale de notre monde, où tout est interconnecté. L'eau, la nourriture, la terre, le sol, la forêt, l'humain : chaque élément interagit avec les autres.” Vandana Shiva.
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