Scope 3 : de quoi parle-t-on exactement ?
Le Scope 1 couvre les émissions directes d'une entreprise (ses chaudières, ses véhicules). Le Scope 2 couvre l'énergie qu'elle achète : électricité, mais aussi vapeur, chaleur et froid, par exemple via un réseau de chauffage urbain. Le Scope 3, lui, rassemble tout le reste : les émissions générées par les fournisseurs, le transport de marchandises, les déplacements professionnels, et jusqu'à l'usage puis la fin de vie des produits vendus. Le GHG Protocol structure ce périmètre en 15 catégories, huit en amont de l'entreprise et sept en aval.
L'enjeu tient à l'ampleur de ce périmètre. Selon le SBTi, les émissions de la chaîne de valeur sont en moyenne onze fois supérieures aux émissions directes d'une entreprise, et représentent souvent plus de 70% de son empreinte totale. Bâtir une trajectoire climat crédible sans les traiter sérieusement n'a donc pas grand sens. Reste à savoir comment cadrer un périmètre aussi vaste sans se perdre dans quinze catégories aux réalités très différentes.
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Les trois règles qui font la crédibilité d'un objectif SBTi
En 2026, le référentiel applicable pour toute soumission reste le Corporate Net-Zero Standard version 1.3.1, complété par les Corporate Near-Term Criteria. Trois règles précises, vérifiées lors de la validation, structurent la crédibilité d'un objectif Scope 3.
Le seuil de déclenchement (40%)
Dès que le Scope 3 représente 40% ou plus du total des émissions Scope 1, 2 et 3 d'une entreprise, fixer un objectif Scope 3 devient obligatoire pour toute cible near-term. Ce seuil concerne, dans les faits, la quasi-totalité des entreprises hors industrie lourde.
La couverture minimale (67%, ou 90% pour le long terme)
Un objectif ne peut pas se limiter à deux ou trois catégories confortables. Pour un objectif near-term (5 à 10 ans), le SBTi exige que la couverture atteigne au moins 67% des émissions Scope 3 déclarées, via des objectifs de réduction absolue, d'intensité, ou d'engagement fournisseurs/clients. Pour un objectif long terme aligné sur le net zéro, l'exigence grimpe à 90%. Dans les deux cas, les exclusions ne sont pas libres : leur somme ne peut pas dépasser 5% (near-term) ou 10% (long terme) de l'empreinte Scope 3 totale, et chaque exclusion doit être justifiée par un calcul, jamais par une simple estimation d'ordre de grandeur.
L'engagement fournisseurs, un objectif à part entière
Beaucoup d'entreprises le traitent comme une intention vague. C'est une erreur de lecture : l'engagement fournisseurs est un type d'objectif SBTi formel, avec ses propres règles. Il doit préciser quel pourcentage des émissions (ou, à défaut, des dépenses d'achat) est couvert, et il doit se concrétiser dans un délai maximal de cinq ans à compter de la soumission.
Un point sectoriel mérite l'attention : si les émissions liées aux forêts, aux terres et à l'agriculture (FLAG) dépassent 20% du total des émissions d'une entreprise, un objectif FLAG dédié devient obligatoire, avec une exigence de réduction d'au moins 72% d'ici 2050 pour le volet long terme. Ce seuil ne concerne pas que les producteurs agricoles : hôtellerie, restauration, retail alimentaire ou textile peuvent le franchir dès lors que leurs achats dépendent fortement de matières premières naturelles.
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Anticiper la bascule vers le Net-Zero Standard V2.0
Le paysage a évolué cette année : le SBTi a publié, le 11 juin 2026, la version finale de son Corporate Net-Zero Standard V2.0. Pour le Scope 3, cette nouvelle version élargit la palette d'approches possibles : réduction absolue, réduction d'intensité, alignement fournisseurs/clients, alignement volume ou alignement produit, avec des trajectoires différenciées entre catégories amont et aval.
Sur les crédits carbone, la règle de fond ne change pas : ils ne comptent déjà pas comme des réductions d'émissions dans le référentiel actuel, et ne peuvent être utilisés que pour neutraliser des émissions résiduelles ou financer une action climatique complémentaire. La V2.0 formalise cette logique dans un cadre plus structuré, distinguant clairement réduction, neutralisation et contribution volontaire au-delà de la chaîne de valeur.
Pour une entreprise qui doit soumettre un objectif cette année, la marche à suivre est simple : ne pas attendre la V2.0. Le SBTi le confirme explicitement, la version 1.3.1 reste le cadre applicable pour toute validation tout au long de 2026, et le restera jusqu'au 31 janvier 2028. À partir du premier trimestre 2027, les entreprises pourront choisir entre les deux versions pour toute mise à jour ; la V2.0 deviendra obligatoire pour les nouvelles soumissions à compter du 1er février 2028. Se lancer maintenant avec la V1.3.1 n'est donc pas un pis-aller : plusieurs innovations de la V2.0 resteront accessibles aux entreprises déjà engagées dans le cadre actuel.
Cas client : Vivendi valide son dossier SBTi
Multinationale présente dans plus de 80 pays, Vivendi a fait appel à R3 pour structurer sa stratégie de décarbonation et sécuriser son dossier SBTi. Résultat : dossier validé, 70% des émissions du groupe couvertes par ses engagements SBTi, et -10% d'émissions Scope 1 & 2 sur l'année d'accompagnement.
Pas encore prêt pour le SBTi ? La démarche ACT Pas à Pas
Portée par l'ADEME et le CDP, ACT Pas à Pas s'adresse aux entreprises ayant déjà réalisé un bilan carbone complet et qui veulent structurer une trajectoire bas-carbone crédible à horizon 2050, avant ou en parallèle d'une démarche SBTi.






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