Le permafrost, c'est quoi exactement ?
Le permafrost, ou pergélisol en français, désigne un sol dont la température reste inférieure ou égale à 0 °C pendant au moins deux années consécutives. Ce n'est pas forcément de la glace : c'est de la terre, de la roche ou des sédiments durablement gelés. Il couvre environ 15 % des terres émergées de l'hémisphère Nord.
Le mot vient de l'anglais permanent frost, « gel permanent ». Le terme est trompeur : le permafrost n'est permanent qu'à l'échelle d'une vie humaine. Une partie s'est formée pendant les dernières glaciations, il y a plusieurs dizaines de milliers d'années. Dans le Haut-Arctique canadien, il peut atteindre 600 mètres d'épaisseur, selon Parcs Canada.
Pour se le représenter, imaginez un congélateur géant enfoui sous la toundra, recouvert d'un couvercle qui dégèle chaque été. Ce couvercle, épais de quelques dizaines de centimètres à quelques mètres, s'appelle la couche active. C'est dans cette couche que poussent les plantes, que circule l'eau et que vivent les microbes. Sous elle, le permafrost reste figé toute l'année.
On distingue trois grandes familles de permafrost.
Oui, il y a du permafrost en France. Il se cache dans les parois de haute altitude des Alpes, notamment dans le massif du Mont-Blanc. Il ne se voit pas, mais il joue un rôle essentiel : il soude les fractures de la roche, comme un ciment.

Pourquoi son dégel inquiète
Un coffre-fort à carbone qui s'entrouvre.
Pendant des millénaires, des plantes et des animaux sont morts sur ces terres froides sans se décomposer complètement : le froid a mis leur matière organique « au congélateur ». Résultat, selon le rapport spécial du GIEC sur l'océan et la cryosphère, le permafrost arctique et boréal contient 1 460 à 1 600 milliards de tonnes de carbone organique, soit près de deux fois le carbone présent dans l'atmosphère.
Quand le sol dégèle, les microbes se réveillent et décomposent cette matière. Ils produisent du CO₂ dans les sols bien aérés, et du méthane dans les sols gorgés d'eau. Or le méthane réchauffe environ 80 fois plus que le CO₂ sur vingt ans. Ces gaz renforcent le réchauffement, qui fait dégeler davantage de permafrost : c'est une boucle de rétroaction.
Les signaux sont déjà là.
Selon le bilan annuel de la NOAA sur l'Arctique, les sites de mesure d'Amérique du Nord et du Svalbard ont enregistré en 2024 les températures de permafrost les plus élevées jamais relevées. Le même bilan constatait fin 2024 un basculement symbolique : la toundra arctique émet désormais plus de carbone qu'elle n'en absorbe, notamment à cause des incendies. Et entre octobre 2024 et septembre 2025, l'Arctique a connu son année la plus chaude depuis au moins 1900.
Ce qui nous attend dépend de nos émissions.
Le GIEC projette une baisse de la surface de permafrost proche de la surface (les 3 à 4 premiers mètres) de 24 % d'ici 2100 dans un scénario de fortes réductions d'émissions, et de 69 % dans un scénario d'émissions élevées. Les émissions de carbone associées sont estimées à 3 à 41 milliards de tonnes de carbone par degré de réchauffement d'ici 2100, une fourchette que de nombreux scientifiques jugent sous-estimée. Surtout, ces pertes sont irréversibles à l'échelle de plusieurs siècles : un permafrost dégelé ne se reforme pas en quelques décennies.
La science avance vite sur ce sujet. Une étude publiée le 10 septembre 2026 dans Environmental Research Letters a additionné les émissions « naturelles » déclenchées par le réchauffement : dégel du permafrost, incendies, zones humides et eaux continentales. Selon ses auteurs, ces rétroactions pourraient amplifier le réchauffement de 20 à 30 % au cours du siècle, soit 0,2 à 0,4 °C supplémentaire. Le permafrost en représenterait environ la moitié. Or la plupart des modèles qui guident les politiques climatiques ne les intègrent pas encore.

Des Alpes à l'Arctique, des risques bien concrets pour les entreprises
Le dégel du permafrost n'est pas qu'une affaire de climatologues. Il touche des bâtiments, des réseaux, des sites industriels et des activités économiques. Avec trois niveaux d'exposition pour les entreprises.
Des infrastructures qui perdent leurs fondations.
Dans l'Arctique, des villes entières sont bâties sur un sol gelé qui servait de fondation. Selon une synthèse publiée dans Nature Reviews Earth & Environment (Hjort et al., 2022), près de 70 % des infrastructures actuelles des zones de permafrost se trouvent dans des secteurs exposés au dégel d'ici 2050, et 30 à 50 % des infrastructures critiques circumpolaires seraient à haut risque. Dans certaines villes russes, jusqu'à 80 % des bâtiments présentent déjà des dommages. Les coûts pourraient atteindre des dizaines de milliards de dollars d'ici la seconde moitié du siècle.
Le cas de Norilsk, en Sibérie, est devenu un cas d'école. En mai 2020, un réservoir de carburant d'une centrale thermique, construit sur un permafrost en dégel, s'est effondré et a déversé 21 000 tonnes de carburant dans les rivières. Le groupe minier Norilsk Nickel a été condamné à une amende record d'environ 1,6 milliard d'euros. La leçon pour les entreprises est claire : un risque physique mal anticipé devient vite un risque financier, juridique et de réputation.
Des montagnes qui se fragilisent, y compris en France.
Dans les Alpes, le permafrost sert de ciment aux parois rocheuses. Quand il se réchauffe, ce ciment lâche. Le laboratoire EDYTEM (Université Savoie Mont Blanc / CNRS) a recensé environ 250 écroulements rocheux dans le massif du Mont-Blanc pour la seule année 2022, surtout entre juin et septembre. À l'Aiguille du Midi, la température au cœur de la roche a gagné 1 à 1,5 °C en une décennie.
Les infrastructures suivent. Selon les travaux de Pierre-Allain Duvillard et Ludovic Ravanel (EDYTEM), 947 éléments d'infrastructure sont construits sur du permafrost dans les Alpes françaises. 74 % sont des composants de remontées mécaniques (pylônes, gares), les autres des refuges et des ouvrages paravalanches. 148 sont classés en danger fort à très fort de déstabilisation, et plus d'une vingtaine ont déjà subi des dommages en trente ans. En Suisse, le 28 mai 2025, l'effondrement du glacier du Birch, surchargé par les éboulements d'une paroi située en zone de permafrost, a enseveli le village de Blatten, évacué quelques jours plus tôt. Environ 10 millions de mètres cubes de roche et de glace se sont abattus sur la vallée.
Un budget carbone qui se réduit pour tout le monde.
C'est l'effet le moins visible, mais le plus large. Chaque tonne de carbone libérée par le permafrost s'ajoute aux émissions humaines, sans que personne ne puisse la réduire directement. Pour tenir les objectifs de l'Accord de Paris, il faudra donc baisser plus vite les émissions que l'on contrôle. Pour une entreprise, cela signifie des trajectoires de décarbonation plus exigeantes, et un intérêt économique à prendre de l'avance plutôt qu'à subir des règles plus strictes plus tard.
Que faire, concrètement ? La réponse dépend de votre exposition.
- Si vous exploitez ou financez des actifs en montagne (remontées mécaniques, hébergements, réseaux, ouvrages hydrauliques) : faites réaliser un diagnostic de vulnérabilité qui croise la géotechnique et les projections climatiques. Installez une surveillance (capteurs de température dans la roche, mesures de déformation, suivi par satellite), adaptez les fondations des ouvrages les plus exposés et intégrez ce risque à vos plans de continuité et à vos discussions avec votre assureur.
- Si votre chaîne de valeur passe par l'Arctique (métaux, énergie, transport maritime) : identifiez les fournisseurs et sites dont les installations reposent sur du permafrost, et évaluez leurs plans d'adaptation. La norme européenne ESRS E1, issue de la CSRD, demande justement d'identifier ces risques climatiques physiques dans la chaîne de valeur.
- Dans tous les cas, accélérez la décarbonation. C'est le seul levier qui ralentit le dégel lui-même. Chaque tonne évitée aujourd'hui limite les émissions incontrôlables de demain.

C'est là qu'intervient R3. Nos consultants et ingénieurs réalisent le diagnostic de vulnérabilité climatique de vos sites et de votre chaîne de valeur, en intégrant les risques liés au dégel, à la chaleur et à l'eau. Nous construisons avec vous un plan d'adaptation chiffré, mobilisons les financements disponibles, comme le Diag Adaptation de Bpifrance et de l'ADEME, et vous accompagnons dans une trajectoire de décarbonation crédible. Pour comprendre comment d'autres phénomènes climatiques lointains touchent votre activité, lisez aussi notre article sur El Niño et ses effets sur les entreprises.
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Sources
- GIEC - Rapport spécial sur l'océan et la cryosphère (SROCC), Résumé pour les décideurs, § A.1.3 et B.1.4
- Woodwell Climate Research Center - Review of permafrost science in IPCC's AR6 WG1
- Obu (2021), How Much of the Earth's Surface is Underlain by Permafrost? - Journal of Geophysical Research: Earth Surface
- Parcs Canada - Pergélisol
- NOAA - Arctic Report Card 2025, Executive Summary
- NOAA - Arctic tundra becoming source of carbon dioxide emissions (Arctic Report Card 2024)
- EurekAlert - Unaccounted climate feedback loops may amplify warming by up to 20–30% this century (Environmental Research Letters, septembre 2026)
- Hjort et al. (2022), Impacts of permafrost degradation on infrastructure - Nature Reviews Earth & Environment
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- Diagnostic de vulnérabilité, site par site
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- Plan d'action priorisé, puis accompagnement à sa mise en œuvre































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