Le quiet quitting : de quoi parle-t-on ?
Le terme s'est diffusé à l'été 2022 sur les réseaux sociaux, dans le sillage de la « Grande Démission ». Il ne désigne pas une démission, mais un désengagement silencieux : le salarié respecte sa fiche de poste et ses horaires, mais renonce à tout effort discrétionnaire (initiatives, entraide, disponibilité au-delà du contrat).
Le cabinet Gallup, qui mesure l'engagement au travail dans plus de 140 pays, l'assimile à sa catégorie des salariés « non engagés », distincte de celle des salariés « activement désengagés », en rupture ouverte avec leur organisation.
Les chiffres du rapport State of the Global Workplace 2026 sont sans appel :
- 20 % des salariés sont engagés dans le monde en 2025, contre 23 % en 2022 : le niveau le plus bas depuis 2020.
- 12 % seulement en Europe, région la moins engagée du monde.
- En France, 8 % des salariés sont engagés, 72 % non engagés et 20 % activement désengagés. Le pays se classe 36e sur 38 pays européens.
Le coût est considérable : Gallup estime la perte de productivité liée au faible engagement à environ 10 000 milliards de dollars, soit près de 9 % du PIB mondial.
Un point essentiel : le quiet quitting est rarement un choix de confort. C'est le plus souvent une stratégie de protection face à une surcharge, un manque de reconnaissance ou une perte de sens. Le rapport Gallup relève d'ailleurs que 39 % des salariés français déclarent ressentir du stress au quotidien.
Repérer les signaux faibles du désengagement
Par définition, le désengagement silencieux ne fait pas de bruit. Il se lit dans des évolutions de comportement, rarement dans une rupture franche. Plusieurs signaux doivent alerter, surtout lorsqu'ils se cumulent.
Le retrait collectif
Le salarié prend moins la parole en réunion, ne propose plus d'idées, se met en retrait des projets transverses ou des moments informels.
Le strict minimum
Les tâches sont faites, mais sans plus : délais tenus au plus juste, aucune initiative, refus systématique de ce qui sort du périmètre.
La déconnexion émotionnelle
Indifférence aux résultats de l'équipe, ton désabusé, cynisme sur les projets de l'entreprise.
Les indicateurs RH
À l'échelle collective, la hausse de l'absentéisme de courte durée, la baisse des candidatures internes, la chute du taux de participation aux enquêtes internes ou l'augmentation du turnover dans une équipe donnée sont des indices précieux.
Exemple concret
Dans une PME industrielle de 300 salariés, l'enquête annuelle de climat social affiche des résultats stables. Mais en croisant les données, la DRH constate qu'un service concentre à lui seul un tiers des arrêts courts et que son taux de réponse à l'enquête a chuté de 80 % à 35 % en deux ans. Des entretiens individuels révèlent une réorganisation mal expliquée et un manager débordé. Le signal était là, dilué dans la moyenne.
Attention à ne pas tomber dans le contresens : respecter ses horaires ou son droit à la déconnexion n'est pas du désengagement. C'est un droit, encadré en France notamment par l'article L. 2242-17 du Code du travail. Le sujet n'est pas la quantité de travail, mais la perte d'investissement.
Agir : le manager au cœur de la réponse
Le principal levier est connu. Selon Gallup, le manager explique à lui seul environ 70 % de la variation de l'engagement d'une équipe. Or, ce sont précisément les managers qui décrochent : leur engagement est passé de 31 % en 2022 à 22 % en 2025, avec une chute de cinq points en une seule année. Un manager désengagé ne peut pas réengager son équipe.
Investir dans les managers
Formation au management, réduction des périmètres trop larges, temps dégagé pour l'accompagnement : Gallup souligne que la formation compense en partie la baisse d'engagement liée à l'élargissement des équipes.
Instaurer un dialogue régulier
Des échanges individuels courts et fréquents, centrés sur la charge, les priorités et les besoins, valent mieux qu'un entretien annuel. L'objectif : comprendre avant de juger.
Redonner du sens et de la reconnaissance
Clarifier la contribution de chacun aux objectifs collectifs, reconnaître le travail accompli, ouvrir des perspectives d'évolution. L'engagement des salariés passe aussi par la cohérence entre le discours de l'entreprise et ses actes, notamment en matière de RSE.
Agir sur les causes structurelles
Charge de travail, organisation, qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) : le quiet quitting est souvent le symptôme d'un risque psychosocial. L'employeur a, à ce titre, une obligation de sécurité envers ses salariés (article L. 4121-1 du Code du travail).
Mesurer et piloter
Baromètres d'engagement, indicateurs de santé au travail, suivi par équipe : pour les entreprises soumises à la CSRD, ces données nourrissent aussi le reporting social (norme ESRS S1 sur les effectifs propres).
Enfin, la réponse disciplinaire est rarement la bonne. En droit français, l'insuffisance professionnelle n'est pas une faute, sauf si elle résulte d'une abstention volontaire ou d'une mauvaise volonté délibérée, comme l'a rappelé la Cour de cassation le 17 septembre 2025 (n° 24-16.336). Un salarié qui exécute correctement son contrat ne peut être sanctionné pour son manque d'enthousiasme.
Sources
- Gallup - State of the Global Workplace 2026
- Gallup - State of the Global Workplace : France Country-Level Data
- Gallup - Is Quiet Quitting Real? (septembre 2022)
- Gallup - Managers Account for 70% of Variance in Employee Engagement
- Légisocial - Insuffisance professionnelle fautive : abstention volontaire ou mauvaise volonté délibérée (Cass. soc., 17 septembre 2025, n° 24-16.336)
- Code du travail numérique - Article L. 4121-1 du Code du travail (obligation de sécurité)
- Code du travail numérique -Article L. 2242-17 du Code du travail (droit à la déconnexion)












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