foret déforestation réglementation eudr

EUDR : le règlement anti-déforestation européen, qu'est-ce que ça change pour les entreprises ?

Article
Publié le
October 12, 2026
Deux fois reporté, puis simplifié, le règlement européen contre la déforestation (EUDR) entre en application le 30 décembre 2026, sans nouveau délai annoncé par Bruxelles. Café, cacao, bois, soja, huile de palme, bovins, caoutchouc : voici qui est concerné, ce qu'il faut prouver et comment s'y prépa

L'EUDR, qu'est-ce que c'est ?

Le règlement (UE) 2023/1115, dit EUDR (EU Deforestation Regulation) ou RDUE en français, a été publié au Journal officiel de l'Union européenne le 9 juin 2023. Son principe : un produit ne peut être mis sur le marché européen, ni exporté depuis l'UE, que s'il remplit trois conditions cumulatives. Il doit être « zéro déforestation », c'est-à-dire ne pas provenir d'une parcelle déboisée ou dégradée après le 31 décembre 2020. Il doit avoir été produit légalement dans son pays d'origine. Enfin, il doit être couvert par une déclaration de diligence raisonnée (DDR).

L'objectif : lutter contre la déforestation « importée » par l'Europe via ses achats de matières premières agricoles. L'EUDR remplace le règlement bois de l'UE (RBUE) de 2010, limité à l'exploitation illégale du bois.

Le texte cible sept produits de base : bovins, cacao, café, palmier à huile, caoutchouc, soja et bois. Il couvre aussi leurs dérivés listés à l'annexe I : chocolat, meubles, papier, pneumatiques, charbon de bois, livres imprimés... Ce périmètre vient d'être ajusté. Le règlement délégué (UE) 2026/2102, publié le 17 septembre 2026, retire le cuir bovin, certains articles en caoutchouc vulcanisé et les courroies de transmission. Il ajoute le café soluble et certains dérivés de l'huile de palme, avec une application reportée au 30 décembre 2027 pour ces nouveaux produits.

Une marque française de chocolat qui importe des fèves de cacao de Côte d'Ivoire est concernée. Un fabricant de pneus qui achète du caoutchouc naturel en Thaïlande aussi, tout comme un éditeur qui fait imprimer ses livres en Asie avant de les importer. En revanche, une maroquinerie qui importe du cuir bovin du Brésil ne l'est plus depuis le 18 septembre 2026. Et les palettes ou cartons servant uniquement à transporter d'autres marchandises sont exclus.

Ce que l'EUDR change pour les entreprises

Un calendrier enfin stabilisé

‍Après deux reports (le dernier par le règlement (UE) 2025/2650 de décembre 2025), les dates sont fixées :

  • 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, ainsi que pour les micro et petites entreprises du secteur bois ;
  • 30 juin 2027 pour les micro et petites entreprises des autres filières.

Dans son rapport de réexamen du 4 mai 2026, la Commission européenne a confirmé ces échéances et écarté toute troisième prorogation.

Une diligence raisonnée en trois temps

L'« opérateur », c'est-à-dire l'entreprise qui met le produit pour la première fois sur le marché européen ou l'exporte, doit d'abord collecter les informations : quantité, pays de production, fournisseurs et surtout coordonnées de géolocalisation de chaque parcelle (un polygone au-delà de 4 hectares). Il doit ensuite évaluer le risque de non-conformité au regard de plusieurs critères : niveau de risque du pays, présence de forêts et de populations autochtones, ampleur de la déforestation dans la zone, complexité de la chaîne d'approvisionnement, risque de contournement du règlement. Si ce risque n'est pas négligeable, il doit l'atténuer : données complémentaires, enquêtes ou audits sur place, procédures de contrôle renforcées. L'objectif est d'atteindre un risque nul ou négligeable. La DDR est déposée dans le système d'information européen (TRACES), qui délivre un numéro de référence à fournir lors du dédouanement.

Exemple. Un torréfacteur nantais de taille moyenne importe 20 tonnes de café vert d'une coopérative colombienne regroupant 600 producteurs. Avant le dédouanement, il doit obtenir la géolocalisation des 600 parcelles (un simple point GPS suffit pour celles de moins de 4 hectares). Il vérifie ensuite, par imagerie satellite, qu'aucune n'a été déboisée après 2020, et contrôle la légalité de la production (titres fonciers, droit du travail). Il dépose enfin sa DDR dans TRACES et reporte le numéro obtenu sur sa déclaration en douane. Sans ce numéro, la marchandise reste bloquée à la frontière.

Une chaîne aval allégée.

C'est l'apport majeur de la révision de 2025 : seul le premier metteur sur le marché dépose une déclaration. Les opérateurs en aval et les commerçants n'ont plus à déposer leur propre DDR. Lorsqu'ils achètent directement à l'opérateur qui a mis le produit sur le marché, ils doivent toutefois récupérer auprès de lui le numéro de référence de sa DDR, et tous doivent conserver pendant 5 ans l'identité de leurs fournisseurs et clients. Par exemple, une PME qui achète des tables en teck à un importateur français n'a aucune déclaration à déposer : c'est l'importateur qui s'en charge. Elle doit en revanche lui demander le numéro de référence de sa DDR pour chaque produit, puis l'archiver. Attention : faire référence à une déclaration existante ne décharge pas de toute responsabilité. Une entreprise qui dispose d'indices concrets de non-conformité doit les signaler aux autorités. Les micro et petits « opérateurs primaires » (producteurs eux-mêmes) établis dans un pays à faible risque bénéficient d'une déclaration simplifiée unique. La Commission estime que l'ensemble de ces mesures réduit les coûts de conformité d'environ 75 %.

Une classification des pays

Le règlement d'exécution (UE) 2025/1093 classe les pays en trois niveaux de risque : faible, standard ou élevé. Les autorités nationales doivent contrôler chaque année au moins 1 %, 3 % ou 9 % des opérateurs selon le niveau de risque du pays d'origine. Pour un pays à faible risque, seule la collecte d'informations est exigée. Concrètement, du bois de hêtre acheté en Allemagne (faible risque) demande seulement de collecter les informations, tandis que du soja importé du Brésil (risque standard) impose une évaluation complète du risque et, si besoin, des mesures d'atténuation.

Des sanctions dissuasives

‍Les amendes peuvent atteindre au moins 4 % du chiffre d'affaires annuel réalisé dans l'UE. S'y ajoutent la confiscation des produits et des recettes tirées de leur vente, l'exclusion temporaire des marchés publics et des financements publics, l'interdiction temporaire de mise sur le marché et, en cas d'infraction grave ou répétée, l'interdiction de recourir à la diligence raisonnée simplifiée. Les entreprises condamnées par une décision définitive sont en outre citées publiquement sur le site de la Commission européenne : le risque est aussi réputationnel. Pour un importateur réalisant 50 millions d'euros de chiffre d'affaires dans l'UE, le plafond de l'amende devra ainsi atteindre au moins 2 millions d'euros. En France, le ministère de la Transition écologique est l'autorité compétente, conjointement avec le ministère de l'Agriculture ; la douane assure les contrôles aux frontières.

{{cta-1}}

Comment se préparer d'ici le 30 décembre 2026 ?

À moins de trois mois de l'échéance, quatre chantiers sont prioritaires.

Qualifier votre statut

‍Êtes-vous opérateur, opérateur en aval ou commerçant ? PME ou grande entreprise ? Vos produits figurent-ils à l'annexe I modifiée ? Ce diagnostic, à mener code douanier par code douanier, conditionne l'ensemble de vos obligations. Une même entreprise peut cumuler les statuts : un industriel de la cosmétique sera opérateur pour l'huile de palme qu'il importe directement, mais simple opérateur en aval pour les emballages en carton achetés à un fournisseur français.

Cartographier vos chaînes d'approvisionnement

La géolocalisation à la parcelle est la principale difficulté opérationnelle, surtout dans les filières fragmentées comme le cacao ou le café. Dans le cacao ivoirien, un même conteneur peut rassembler les fèves de plusieurs milliers de petits planteurs, passées par des coopératives puis des exportateurs. Or un lot mélangé dont une partie de l'origine est inconnue ne peut pas être mis sur le marché. Remontez donc jusqu'à l'origine, exigez la ségrégation des lots et inscrivez ces exigences dans vos contrats achats.

Outiller la collecte de données

‍Images satellites, plateformes de traçabilité, connexion à TRACES (rouvert en juillet 2026) : les outils existent. Les certifications (FSC, PEFC, Rainforest Alliance...) facilitent la collecte, mais ne remplacent pas votre propre diligence raisonnée : un fournisseur de contreplaqué certifié FSC devra tout de même vous transmettre la géolocalisation des forêts d'origine.

Articuler l'EUDR avec vos autres obligations

‍Le devoir de vigilance européen (CSDDD), le règlement sur le travail forcé et le reporting CSRD (norme ESRS E4 sur la biodiversité) reposent sur la même connaissance fine de vos fournisseurs. Mutualiser ces démarches évite la multiplication des questionnaires fournisseurs.

Sources :

Besoin d'aide pour vous mettre en conformité avec l'EUDR ? Qualification de votre statut, cartographie des fournisseurs, articulation avec la CSRD et le devoir de vigilance : les experts R3 vous accompagnent pour transformer cette obligation en démarche structurée de maîtrise de vos chaînes d'approvisionnement. Nos équipes sont là pour en discuter avec vous.

Découvrez d’autres ressources

Découvrez nos outils, études et retours d’expérience pour structurer et piloter votre transition RSE et environnementale

Voir toutes les ressources

Les solutions pour réussir votre transition

Découvrez toutes nos solutions pour accélérer la transition de votre entreprise

Engagement collaborateurs

Mesurez l'engagement de vos équipes avec notre enquête QVCT anonyme, identifiez vos leviers prioritaires et bâtissez un plan d'action durable.

Construire sa démarche d'Achats responsables

Construire votre démarche d'achats responsables au sein de votre entreprise

Réseau+

Réseau+ engage votre réseau dans la transition et centralise des données ESG fiables, à grande échelle.

Bureau d’études énergétiques EPM

Intégré au groupe R3, EPM renforce l’ingénierie énergétique et environnementale du groupe grâce à son expertise technique et son appui en maîtrise d’œuvre.

Adaptation au changement climatique

Préservez la continuité de vos activités en anticipant les risques climatiques et en déployant des plans d’adaptation pour sécuriser vos sites et vos chaînes de valeur. 

Projets Photovoltaïques

La solution Photovoltaïque vous permet de dimensionner et déployer vos projets d'autonomie énergétique

Programme CSRD

Comprendre et mettre en œuvre le reporting CSRD

Programme Impact RSE

Découvrez votre programme de formation pour structurer et valoriser votre démarche RSE.

Contrat de Management de l’Énergie

Le Contrat de Management de l'Énergie (CME) est la solution qui permet d’optimiser et de piloter efficacement la performance énergétique de plusieurs sites.

ACT Pas à Pas

Concrétiser, piloter et financer vos actions de décarbonation sur le long terme avec l'accompagnement ACT Pas à Pas.

Biodiversité

La biodiversité est un enjeu stratégique pour les entreprises : sa préservation renforce la résilience des entreprises, réduit les risques et ouvre de nouvelles opportunités.

Ateliers de sensibilisation

Nous croyons que sensibiliser au développement durable est essentiel pour répondre aux défis écologiques et transformer notre système.

Certificats d'économies d'énergie

Nous aidons au financement de vos projets d'efficacité énergétique par l'obtention des CEE, avec suivi complet du dossier.

Montages financiers et SPV

Modernisez vos équipements pour réduire coûts et impacts environnementaux. R3 transforme vos Capex en Opex, sécurisant votre évolution.

Pilotage Energétique

Optimisez l’énergie avec le module Pilotage Energie : suivi automatisé et analyse des données pour atteindre vos objectifs de réduction.

Pilotage Carbone

Réduisez vos émissions de GES avec le module Carbone : outils pour une vue centralisée, analyse des données, et plan d’action ciblé.

Pilotage RSE en temps réel | R3 Connect

Démarrez vos actions RSE avec le module Pilotage RSE : un outil digital personnalisable pour une vue globale et simplifiée de vos initiatives.

Reporting ESG

La CSRD impose un rapport de durabilité. R3 facilite cette tâche avec Reporting ESG, le module digital dédié de R3 Connect.

Double matérialité et CSRD

La CSRD, loin d'être une contrainte, ouvre des opportunités et booste la performance en liant RSE à des gains énergétiques, environnementaux, et économiques.

Transformation du modèle d'affaires

Pour un 21ème siècle durable, il faut transformer les modèles économiques. R3 aide les entreprises à intégrer toutes les parties prenantes pour une trajectoire régénératrice.

Stratégie RSE

La stratégie RSE, essentielle au développement durable, permet aux entreprises d'intégrer des pratiques éthiques et environnementales pour évaluer et améliorer leur impact.

Stratégie et AMO Energie

Face à la hausse des coûts de l’énergie et au renforcement des réglementations, les entreprises doivent repenser leur consommation énergétique.

Diagnostic et Mise en conformité énergétique

Le Diagnostic évalue la consommation énergétique des bâtiments et aide les entreprises à améliorer leur efficacité énergétique.

ACV et Écoconception

Face à la pression réglementaire et à la demande éco-responsable, l'Analyse de Cycle de Vie et l'éco-conception réduisent impacts et coûts, rendant vos produits plus attractifs.

Achats responsables

Selon Écovadis en 2022, 33% des fournisseurs sont sollicités sur des critères RSE (+17pts en 2 ans), et 70% trouvent ces demandes pertinentes.

Location opérationnelle

Face aux défis de la transition et pressions réglementaires, ne retardez plus vos actions. La location évolutive finance vos équipements sans impacter votre trésorerie.

Embarquement fournisseurs

Collaborez avec vos partenaires pour mesurer et réduire les émissions indirectes tout au long de votre chaine de valeur.

Bilan carbone

Mesurez, analysez, et réduisez vos émissions pour transformer votre impact environnemental en avantage stratégique.

Plan de décarbonation

Face à l'urgence climatique et aux réglementations GES, mesurez votre empreinte et réduisez vos émissions avec notre plan décarbonation concret.

Contrat de performance énergétique, environnementale et économique (CP3E)

CP3E : le triple Contrat de Performance : Énergétique, Environnementale et Économique

Envie de discuter de votre projet ?  Prenons rendez-vous !

Ensemble, explorons les solutions adaptées à vos besoins.
Cliquez ici pour planifier un échange personnalisé.

Les questions fréquentes

Quelle est la date d'application de l'EUDR ?

L'EUDR s'applique à partir du 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et du 30 juin 2027 pour les micro et petites entreprises (hors secteur bois, soumis à la date de 2026).

Quels produits sont concernés par le règlement déforestation ?

Sept produits de base : bovins, cacao, café, huile de palme, caoutchouc, soja et bois, ainsi que leurs dérivés listés à l'annexe I (chocolat, meubles, papier, pneus...). Depuis septembre 2026, le cuir en est exclu et le café soluble y a été ajouté.

Une PME est-elle concernée par l'EUDR ?

Oui, si elle met sur le marché ou exporte un produit concerné. Elle bénéficie toutefois d'un délai jusqu'au 30 juin 2027 (hors bois) et, si elle est opératrice primaire dans un pays à faible risque, d'une déclaration simplifiée. Les PME en aval de la chaîne n'ont pas de déclaration à déposer, mais doivent récupérer le numéro de DDR de leur fournisseur et le conserver 5 ans.

Qu'est-ce qu'une déclaration de diligence raisonnée ?

C'est le document, déposé dans le système d'information européen, par lequel l'opérateur atteste que son produit est zéro déforestation et légal.

Quelles sanctions en cas de non-respect de l'EUDR ?

Les amendes peuvent atteindre au moins 4 % du chiffre d'affaires réalisé dans l'UE. S'y ajoutent la confiscation des produits, l'exclusion des marchés publics et la publication du nom de l'entreprise sur le site de la Commission européenne.