Ce qui a changé pour l'ESRS E3 avec l'Omnibus
L'ESRS E3 est la norme de la CSRD dédiée aux ressources hydriques et marines. Elle impose aux entreprises concernées de publier des informations sur leurs prélèvements d'eau, leurs rejets, leur exposition au stress hydrique et leurs impacts sur les écosystèmes aquatiques, au même titre que l'ESRS E1 le fait pour le climat.
Le paquet « Omnibus I », adopté par le Conseil de l'Union européenne le 24 février 2026, publié au Journal officiel de l'UE le 26 février et entré en vigueur le 18 mars 2026, vise à réduire la charge administrative du reporting de durabilité européen. Il s'appuie sur l'avis technique transmis par l'EFRAG à la Commission européenne le 3 décembre 2025, qui acte une réduction d'environ 60 à 70 % du nombre total de points de données obligatoires selon les normes, l'ESRS E3 étant l'une des plus allégées. La Commission européenne dispose désormais jusqu'au 18 septembre 2026 pour transformer cet avis technique en acte délégué officiel ; les normes révisées s'appliqueront à partir de l'exercice fiscal 2027.
Pour l'eau, cette révision se traduit par plusieurs changements structurants. D'abord, un recentrage du périmètre : les ressources marines (pêche, granulats, minéraux des fonds marins) sont transférées vers l'ESRS E5 « Ressources et économie circulaire », et les impacts sur la biodiversité marine rejoignent l'ESRS E4. L'ESRS E3 se recentre ainsi sur l'eau douce, ne conservant du volet marin que l'usage de l'eau de mer, en pratique le dessalement et l'eau de refroidissement. Certaines sources évoquent d'ailleurs un renommage de la norme en simple « ESRS E3 - Eau ».
Ensuite, un rééquilibrage des exigences : les données volontaires disparaissent du corps de la norme et sont déplacées dans un document de guidance séparé, l'intensité hydrique (m³ par million d'euros de chiffre d'affaires) n'est plus une métrique obligatoire, mais en contrepartie, les prélèvements et les rejets d'eau deviennent obligatoires avec un guide méthodologique précis sur les unités, le périmètre et la méthode de calcul. Les notions de stress hydrique, de rareté de l'eau et de risques hydriques sont elles aussi clarifiées, avec des cadres de référence standardisés pour qualifier une zone à risque. Le message est clair : moins de cases à cocher, mais une exigence renforcée sur la fiabilité des données quantitatives.
Seuils et calendrier : qui est concerné par l'ESRS E3 en 2026 ?
L'Omnibus a également revu en profondeur le périmètre des entreprises soumises à la CSRD, et donc à l'ESRS E3. Les anciens seuils (250 salariés, 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, 25 millions d'euros de bilan) sont invalidés. Le nouveau calendrier s'organise en trois vagues.
La Vague 1 regroupe les grandes entreprises déjà soumises à l'ancienne directive NFRD, banques, assurances et sociétés cotées de plus de 500 salariés : leur premier rapport sur l'exercice 2024, publié en 2025, n'est pas remis en cause par l'Omnibus. La Vague 2 concerne les entreprises dépassant, de façon cumulative, 1 000 salariés et 450 millions d'euros de chiffre d'affaires ; la directive « Stop the clock » (UE 2025/794) a reporté de deux ans leur entrée en application, avec un premier rapport désormais attendu sur l'exercice 2027, publié en 2028. Ce relèvement des seuils exclurait environ 80 % des entreprises initialement dans le périmètre de la CSRD. La Vague 3, enfin, concerne les PME cotées sur un marché réglementé, avec un premier rapport sur l'exercice 2028, publié en 2029.
Pour 2026, cela signifie concrètement que la majorité des entreprises de la Vague 2 ne publient pas encore de rapport CSRD : l'année devient une phase de préparation, consacrée à la matérialité, au cadrage du périmètre et à la fiabilisation des données, plutôt qu'à un exercice de reporting complet. Les entreprises non soumises à la CSRD peuvent néanmoins adopter volontairement la norme VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs), développée par l'EFRAG et attendue par acte délégué courant 2026, pour structurer une démarche de durabilité proportionnée à leur taille.
Reste un point essentiel, inchangé par l'Omnibus : l'ESRS E3 ne s'applique que si l'eau ressort comme un enjeu matériel à l'issue de l'analyse de double matérialité, croisant l'impact de l'entreprise sur la ressource (matérialité d'impact) et l'effet des risques hydriques sur ses performances financières (matérialité financière). Dans la pratique, l'eau ressort matérielle dans la grande majorité des secteurs industriels, agroalimentaires, du BTP et de l'hôtellerie, ce qui rend les exigences de l'ESRS E3 de facto applicables à ces activités.
Ce que l'ESRS E3 impose concrètement, et comment s'y préparer
Une fois l'eau identifiée comme matérielle, l'ESRS E3 impose cinq exigences de divulgation. La première (E3-1) porte sur les politiques internes de gestion de l'eau : engagements de réduction en zones à risque, protection des écosystèmes aquatiques, conception de produits moins hydro-intensifs. La deuxième (E3-2) couvre les actions et ressources mobilisées, avec une attention particulière aux mesures ciblées sur les sites en zone de stress hydrique. La troisième (E3-3) porte sur les objectifs mesurables : un objectif global de réduction ne suffit pas s'il masque une situation critique sur un site donné.
La quatrième exigence (E3-4) concentre l'essentiel de la complexité opérationnelle : elle impose de publier le prélèvement total d'eau, les rejets totaux, la consommation totale, la consommation en zones de stress hydrique, ainsi que les volumes d'eau recyclée, réutilisée et stockée, le tout en mètres cubes et avec une méthodologie documentée. Enfin, la cinquième (E3-5) traduit ces enjeux en langage financier : coûts liés aux restrictions d'eau, exposition aux pénuries ou aux inondations, mais aussi opportunités issues des économies de recyclage ou de l'accès à des marchés valorisant la performance environnementale.
Pour s'y préparer dès 2026, une entreprise a intérêt à cartographier ses interfaces avec l'eau site par site plutôt qu'au niveau groupe, en s'appuyant sur des outils reconnus comme l'Aqueduct Water Risk Atlas du World Resources Institute. Elle doit aussi structurer une collecte de données fiable, en distinguant clairement prélèvement, consommation et rejet, trois notions que la norme ne permet pas de confondre, et documenter systématiquement la méthode de calcul retenue, condition explicite de la révision 2025. Cette préparation s'inscrit naturellement dans une démarche de reporting CSRD plus large, aux côtés du bilan carbone couvert par l'ESRS E1, avec lequel l'eau partage souvent les mêmes leviers d'action et les mêmes zones de vigilance opérationnelle.
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