“Comprendre ses impacts sur l’environnement pour concevoir autrement”. Cela pourrait ressembler à un exercice de gymnastique mentale louable ou à quelque rêvasserie poétique. C’est pourtant bien plus que cela. Le changement radical dans le mode de conception des entreprises est aujourd’hui devenu un levier stratégique majeur. Loin de se tirer une balle dans les pieds, une entreprise en analysant ses impacts fera inévitablement face à deux chemins :
- L'un consiste à négliger ces impacts et à perdurer dans une voie qui la condamne en même temps que l’environnement.
- L'autre à opter pour l’innovation, de nouveaux modes de conception lui permettant une réduction de ses impacts, mais aussi de ses coûts et ainsi de se différencier et renforcer sa crédibilité. On parle d’écoconception, ça vous parle ?
Mais alors concrètement, comment fait-on ?
Réussir sa démarche d’écoconception
Pour réussir sa démarche d’écoconception, une première étape essentielle se cache derrière un acronyme qui pourrait être celui d’un groupe de rock : A-C-V. L’Analyse du Cycle de Vie, aussi connue sous le nom imagé d'analyse du berceau à la tombe, retrace donc toute l’histoire d’un produit, en partant de l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie.
Les entreprises proposent des produits et services. Ces mêmes produits et services, qu’ils soient ou non dématérialisés, délivrés physiquement ou par voie électronique, ont un impact environnemental plus ou moins élevé. Pour l’évaluer, le calculer, et surtout, le minimiser, la méthode de l’ACV se révèle être un outil stratégique et incontournable au service de la transition vers une économie circulaire, contribuant ainsi à préserver notre planète.
Pour l’ADEME, cette analyse “recense et quantifie, tout au long de la vie des produits, les flux physiques de matière et d’énergie associés aux activités humaines.” Autrement dit, faire l’analyse de vie d’un produit revient à évaluer les impacts environnementaux de l'ensemble des phases d'existence d'un produit ou d'un service. On en dénombre 5 principales :
- Le berceau : la conception et le choix des matières premières,
- La fabrication du produit fini ou du service,
- La mise en circulation,
- L’utilisation du produit ou du service,
- La fin de vie ou le fameux tombeau.
Pour réaliser une Analyse du Cycle de Vie, on a généralement recours à des logiciels bien spécifiques (SimaPro, GaBi et OpenLCA) et/ou à des bases de données fournissant des informations essentielles pour évaluer l'impact environnemental des produits ou des services (Agribalyse, Base IMPACTS ou encore ELCD si votre entreprise est implantée en Europe également.
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Les impacts environnementaux, monstre à multiple tête
“Mesurer l’impact” est une noble mais non moins complexe entreprise à laquelle l’ACV s’attelle grâce à une approche multi-critères, examinant les flux entrants tels que les ressources en eau, en pétrole, en gaz, ainsi que les flux sortants comme les émissions de gaz à effet de serre (GES) et les liquides rejetés.
Pour compléter l’ACV, ou lui préférer une autre approche, il existe également le Bilan Carbone (BC) ou BEGES, Bilan d’émissions de gaz à effet de serre. Ce type de comptabilité carbone analyse l’ensemble de la chaîne de valeur de l’entreprise, la différence entre les deux réside donc essentiellement au niveau du périmètre d’analyse (qui pour l’ACV se cantonne au produit, service ou procédé et non pas à l’entreprise au global). L’autre différence se situe au niveau des indicateurs : multi-critères pour l’ACV et uniquement les émissions de Gaz à effet de serre pour le BC.
Quand l’outil d’évaluation devient force de création
Une ACV se décline en différentes étapes : la définition des objectifs et du domaine d'application, l’inventaire, l'évaluation de l'impact du cycle de vie, l'interprétation, la communication et la revue critique de l'ACV
De cette analyse complexe et complète…naîtra l’action. Une ACV n’a de sens que si elle est transformée ensuite en plan d’écoconception réaliste, priorisé et opérationnel, que si la méthodologie scientifique éprouvée donne lieu à un changement concret des pratiques de l’entreprise. À ce titre l’ACV a plus d’un atout à son arc.
Quelques exemples parmi d’autres :
- #Elargir : l’ACV permet de mettre en lumière, plus globalement, les principaux défis écologiques à relever,
- #Comparer : une fois l’ACV réalisée, il sera plus aisé de comparer différentes options et de choisir la moins impactante écologiquement parlant (conception, fabrication, commercialisation),
- #Explorer : l’exercice sur un produit est aussi l’occasion de prendre du recul sur son positionnement sur le marché, l’occasion d’un benchmarking de vos concurrents et de leur impact environnemental,
- #Matérialiser : l’ACV amène parfois la preuve qu’un service physique est plus intéressant pour la planète que sa version dématérialisée (et vice versa), la transition numérique étant à questionner autant que faire se peut,
- #Habiter : question secondaire et non moins importante, celle de la performance des bâtiments de votre entreprise, de son efficacité énergétique et du levier de transition que cela représente.

Montrer l’exemple
Vous l’avez compris, l’ACV est la pierre angulaire de toute démarche d’écoconception, le passage obligé. De ces analyses découlent une multitude d’innovations qui font tourner la planète dans le bon sens. Dans son baromètre de l’écoconception, l’ADEME révèle que 75% des entreprises ont intégré l’écoconception dans leur stratégie et que 21% d’entre elles appliquent la démarche d’écoconception à un niveau généralisé du portefeuille de produits.
Si ces chiffres, au regard de la crise que nous traversons, paraissent encore trop faibles et parfois vaporeux, il est comme d’habitude beaucoup plus efficace de raconter les histoires qui marchent, de lister les entreprises qui ont tenté, et réussi, le virage de l’écoconception :
- Parmi les histoires connues, il y a la fameuse Machine expresso, celle que vous utilisez peut-être le matin, de Malongo Ek’Oh. Sa conception anti-obsolescence programmée, modulaire, facile à réparer, matériaux solides, sa fabrication européenne, économe en consommation électrique, et recyclable (75%) lui ont permis d’être couronnée, en 2013, du prix Écoproduit pour le développement durable.
- Citons également le Service CAMIF dit “Conso’localisation”. Ce service permet au consommateur de choisir en ligne son article d’équipement de la maison (mobilier, literie…) non pas uniquement en fonction du prix mais bien en fonction de la démarche écoconception mise en œuvre par le fabricant mais aussi de la proximité du lieu de production par rapport à son domicile, ceci permettant une baisse significative des émissions de CO2 pour l’étape livraison.
- Autre exemple que vous connaissez forcément : le bon vieux stylo BIC. A priori trop vite jeté, ce bout de plastique a pourtant fait l’objet d’une ACV puis d’alternatives intéressantes. Parmi elles : le stylo à bille BIC Cristal, rien que le nom donne envie d’en savoir plus… Sa force ? Un allongement drastique de sa durée de vie pour limiter son impact. Le stylo BIC Cristal, premier stylo à avoir reçu la certification NF environnement, peut en effet écrire jusqu'à 2 km, est 12% plus léger que son prédécesseur et ne consomme que 2,9 g de matière par km contre 6,4g en moyenne chez ses concurrents.
- Enfin si vous allez de temps en temps à Decathlon, vous noterez que l’entreprise tente elle aussi de tirer son épingle du jeu de la transition. D’une part, on peut noter l’étiquetage environnemental sur l'intégralité de ses produits pour aider ses clients à faire des choix plus responsables, d’autre part la direction a fait le choix d’intégrer de plus en plus de coton bio (recyclé et certifié "Better cotton initiative") ou encore de polyester vierge et recyclé dans ses produits.
Agir maintenant, penser demain
L’écoconception est une locomotive qui permettra à l’entreprise d’aller au-delà de la simple réflexion sur le cycle de vie de ses produits et services et cela à au moins 3 niveaux :
- L’écoconception s’inscrira dans une démarche plus globale de structuration de sa démarche environnementale,
- Elle permettra également de mieux anticiper les évolutions réglementaires (AGEC, affichage environnemental). Dans ce même baromètre de l’ADEME, on apprend que pour 40% des entreprises, écoconcevoir des produits est un moyen d’anticiper les futures réglementations.
- Enfin le récit de cette transformation et de la réflexion sur son modèle de production sera en lui-même un moyen de valoriser son expertise et d’apporter des garanties de résilience aux clients et partenaires.
La crise écologique que nous affrontons est d’une gravité sans précédent. Agir ou se figer, telles sont les deux options qui s’offrent à nous. Faisons le pari de suivre le Prix Nobel d’économie Muhammad Yunus et de risquer le changement : “Entreprendre, ce n'est somme toute rien d'autre qu'utiliser son courage et son désespoir pour faire bouger les choses.”
Sources :
Qu’est-ce que l’écoconception ?
La réduction des “impacts négatifs sur l’environnement des produits, procédés ou services sur l’ensemble de leur cycle de vie” nous dit l’ADEME. Éco-concevoir ses produits et services, c’est donc favoriser une meilleure performance environnementale de son entreprise et s’inscrire dans une dynamique plus globale, celle d’une société et d’une économie face aux défis écologiques. En intégrant l'ACV dans leur stratégie RSE, les entreprises s'inscrivent dans cette démarche proactive pour un avenir plus durable.





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